Compteurs Linky : polémiques et multiples déclarations

Compteur intelligent Linky d'eRDFDécidément, il s’agit d’un feuilleton à rebondissements. Nous avons déjà évoqué dans ces pages plusieurs aspects des nouveaux compteurs intelligents, mais voilà que depuis le début du mois de septembre, ils font régulièrement la une de l’actualité. Apparemment, avant sa généralisation, Linky n’en finit pas d’alimenter les polémiques. C’est un décret paru au journal officiel le 2 septembre qui a mis le feu aux poudres, et le ministère du développement durable a même dû publier une mise au point pour répondre aux associations de consommateurs. Revenons sur les événements.

Le décret

Le décret du 31/08/2010 (Journal Officiel du 2 septembre) fixe la généralisation des compteurs intelligents et précise que l’expérimentation est prévue pour une durée limitée au 31/12/2010. Il indique d’autre part que le coût entre dans les charges à couvrir par le tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité (Turpe), donc à la charge finale de l’usager.

De nombreuses réactions

Dès le lendemain, la FNCCR (fédération nationale des collectivités concédantes et régies) réagit :

  • Le coût de l’opération reste incertain : ERDF évalue entre 120 et 240 euros le prix unitaire d’un compteur Linky, soit entre 4 et 8 milliards d’euros pour 35 millions de compteurs.
  • Le décret prévoit un financement par le Turpe, c’est-à-dire par les seuls consommateurs. D’autres sources de financement (distributeurs, fournisseurs…) auraient dû être étudiées.
  • L’intérêt pour le consommateur est aujourd’hui limité à une facturation basée sur la consommation réelle. En termes de maîtrise de la demande et d’économies d’énergie, dans la mesure où la plupart des compteurs ne sont pas installés dans les lieux de vie, il est peu probable que le compteur s’avère efficace. Un autre outil devra lui être adjoint, sans doute à l’initiative de fournisseurs, pour un coût non défini.
  • L’expérimentation, conduite sur 9 mois, et ignorant les mois les plus froids de l’année, est particulièrement courte dans une perspective de généralisation.
  • Compte-tenu des dysfonctionnements majeurs constatés lors du déploiement de l’expérimentation du « pilote Linky », il semble prématuré de généraliser le dispositif.
  • L’expérimentation ne porte que sur un seul prototype alors que d’autres modèles ou systèmes devraient être testés avant toute décision de généralisation.

Puis c’est à l’UFC Que choisir de s’exprimer pour mettre en garde les consommateurs. Elle accuse l’Etat de vouloir « passer en force » dans les installations du nouveau compteur grâce à se décret, alors qu’il était prévu d’attendre la fin de l’expérimentation (31/03/2010) avant de valider ce compteur. Et elle rappelle un certain nombre de dysfonctionnements :

Le planning de pose dérape, les compteurs disjonctent un peu trop facilement et la transmission des données ne se fait pas. (…) Comment réaliser un bilan complet au 31 décembre 2010, c’est-à-dire trois mois plus tôt que prévu, avant la pose de l’ensemble des compteurs expérimentaux et sans même les tester pendant la période hivernale ?

Contrairement à l’engagement pris dans la loi Grenelle 1, il ne permet pas [aux consommateurs] de « mieux connaître leur consommation d’énergie en temps réel et ainsi de la maîtriser ».

Il est aussi reproché à Linky son coût, supporté par les consommateurs, alors que les seuls bénéficiaires réels de ses fonctionnalités sont ErDF et les distributeurs. En effet, généralement installé hors de la maison ou dans des sous-sols, il ne permettrait pas au consommateur, sans l’apport d’un appareil supplémentaire à sa charge, de connaître suffisamment sa consommation pour pouvoir la maîtriser.

La CLCV (confédération de la consommation, du logement et du cadre de vie) n’est pas en reste et s’exprime ainsi par la voix de Thierry Saniez :

On sort un décret sans savoir combien coûte ce compteur, comment il marche et quels services il rend réellement. On ne sait pas non plus où il sera installé. S’il est caché, ou situé en dehors du logement, je ne vois pas comment l’usager aura accès aux informations immédiates, alors que c’est le but recherché. J’ajoute que tout cela a un coût et que l’on va demander aux clients de le supporter, alors que le principal bénéficiaire est l’opérateur. Enfin se pose le problème de la protection des données personnelles, qui n’est toujours pas réglé. Nous n’avons rien contre les nouvelles technologies, surtout si elles apportent des services. Mais, pour l’instant, il y a trop de flou.

Le syndicat CGT Mines-Energie, par la voix de Marie-Claire Cailletaud, sa déléguée, a aussi quelques inquiétudes à exprimer :

[Le débat] va rapidement prendre de l’ampleur. L’utilité du service rendu à l’abonné est loin d’être prouvée. Mais nous pensons qu’il y a d’autres objectifs en jeu, comme la coupure du compteur à distance, ou la fin de la relation directe avec le client. Cela aura immanquablement des répercussions sur l'emploi.

Des déclarations contradictoires

Si l’on ajoute à cette cacophonie des déclarations contradictoires, en provenance d’ErDF et de l’ADEME, on comprend que l’usager ait bien du mal à s’y retrouver et se montre méfiant. Ainsi, Michelle Bellon s’exprime ainsi dans les pages d’un quotidien :

Le compteur communicant offrira un grand nombre d’avantages au client pour un euro par mois, notamment une réduction de sa consommation d’électricité. D’après l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), sur une facture moyenne annuelle de 400 euros, l’économie est estimée à 50 euros par an.

Alors que François Moisan, directeur Stratégie, Recherche, International à l’ADEME la contredit indirectement dans les pages d’un hebdomadaire :

Tout seul, Linky ne fait que de la relève de consommation sans qu’un agent ne soit obligé de se déplacer (…). Pour que Linky soit à même de permettre des économies d’électricité, il faut qu’il soit doté de « compléments », pour lesquels l’Ademe a lancé un appel à projets.

Il est en cela approuvé par Sarah Darby, du centre de l’environnement de l’université d’Oxford, qui estime, relayée par l’AFP, que seule une démarche éducative peut amener à une réduction de la consommation :

Souvent, les gens ne savent pas quoi faire de ces informations. Il faut qu’elles s’intègrent dans une approche éducative plus large. Par exemple, au Royaume-Uni, nous réfléchissons à l’idée d’utiliser ce compteur pour amener les gens à mieux isoler leurs logements.

Nous l’avions déjà évoqué dans un article précédent : un affichage seul ne sert pas à grand chose. D’une part, si le compteur se trouve dans une dépendance ou dehors, il n’est pas suffisamment visible. D’autre part, une fois les informations collectées, il faut pouvoir les utiliser, avoir des points de comparaison, les comprendre et modifier ses comportements. Le tout fait donc partie d’une démarche plus large qu’un simple affichage.

Le communiqué de mise au point du ministère

Il y a quelques jours enfin, le MEEDDM a publié une « mise au point sur les compteurs  Linky ». Il précise tout d’abord que la phase d’expérimentation « s’achèvera au 1er semestre 2011 », mais confirme aussi une prolongation d’au moins 3 mois, soit jusqu’au 31/03/10 « par une évaluation du système en période de froid », afin de suivre une recommandation de la CRE (Commission de Régulation de l’Energie). Il rappelle que ce décret a fait l’objet d’une large concertation et a reçu un avis favorable du Conseil Supérieur de l’Energie, qu’il ne décide pas de la généralisation des compteurs, mais prévoit plusieurs séquences.

Il estime par ailleurs les critiques actuelles sur le fonctionnement du compteur « infondées », car ils sont en phase d’expérimentation, donc précisément « une période d’apprentissage et d’optimisation qui doit permettre d’ajuster les caractéristiques techniques de l’appareil ». Le communiqué se termine ainsi :

Le ministère du Développement durable réfute donc les critiques émises qui ne trouvent aucun fondement dans le processus engagé.

La réussite du programme Linky est un enjeu stratégique pour la France et les Français. Il s’agit :

  • de poursuivre la modernisation du système électrique français, en améliorant le service rendu aux usagers ;
  • d’accélérer la maîtrise des consommations d’énergie et les gains de pouvoir d’achat qui en résultent ;
  • de saisir l’opportunité pour notre pays d’être à la pointe dans un secteur industriel créateur d’emplois en plein essor au niveau mondial.

Le ministère précise qu’en aucun cas, le coût ne sera facturé au consommateur à la pose, mais n’exclut cependant pas une petite augmentation de la facture :

Les opérateurs énergétiques, tels que EDF, GDF-Suez, Poweo… auront toutefois la possibilité d’augmenter la facture du consommateur de 1 à 2 euros par mois pour amortir le coût du changement des installations.

Sources : Energie 2007 (articles du 3 , du 11 et du 15 septembre), Enerzine, ZDnet, Sud-Ouest, Le Figaro, L’Express, Batiactu

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