Archive pour la catégorie ‘Stratégie CO2’

Capter le CO2 ou lutter contre le réchauffement climatique : à chacun son idée

Samedi 4 septembre 2010

Pour se débarrasser d'une (bonne) partie du CO2 qui nous encombre, chacun y va de son idée, et l'imagination humaine est sans limite… Voici donc quelques projets, concoctés par différents chercheurs. Leurs résultats ne sont certes pas encore garantis, mais il faut bien essayer, non ?

Les loutres de mer

Tout d'abord, des biologistes de l'université de Californie veulent faire participer les loutres de mer au sauvetage de la planète. Ils estiment en effet que cet animal, hélas menacé de disparition dans l'ouest américain, est une véritable « pompe à carbone ». Selon eux, pour chaque mètre carré d'eau qu'elle occupe, elle en aspire 0,18 kg. Malheureusement, leur population ne comte plus que 100 000 individus : elles présentaient effectivement un autre avantage directement exploitable,  leur fourrure, et la chasse ne les a pas ménagées. Et 100 000, c'est un nombre tout à fait insuffisant pour faire diminuer sérieusement les quantités de CO2…

Des arbres artificiels

Dans un laboratoire de l'université de Columbia, par contre, on ne fait pas totalement confiance à ce qui existe dans la nature. Partant du principe que les forêts constituent d'importants puits de carbone, mais que la destruction du bois le libère à nouveau dans l'atmosphère, des chercheurs veulent régler ce problème en créant des arbres artificiels, capables de capter le CO2 mille fois plus vite que les vrais arbres. Les scientifiques britanniques croient fermement à ce projet et estiment que 100 000 de ces arbres (autant que la population de loutres de mer !) pourraient capturer la majeure partie des émissions de CO2 du Royaume-Uni. Pas de précipitation cependant : cet arbre n'existe actuellement que sous forme de prototype…

De la peinture blanche

Pose de peinture blanche dans les Andes à 4700m sur le Chalon Sombrero

Source : Le Figaro

Autre idée pour atténuer les effets du réchauffement climatique : celle d'un Péruvien, partant du principe que la couleur blanche réfléchissant le soleil, il suffit d'en répandre suffisamment sur une montagne pour préserver un glacier. Encouragé par la Banque mondiale, qui a versé 200 000 $ pour l'expérience (dans le cadre du concours « 100 idées pour sauver la planète »), il a donc entrepris de déverser des pots de peinture blanche sur les rochers du Chalon Sombrero, pic andin ayant déjà perdu la majeure partie de son glacier. Peinture 100 % naturelle quand même : à base de citron, de blanc d'œuf et d'eau, elle est utilisée depuis des siècles au Pérou. Au rythme d'un hectare par semaine, il lui faudra encore plusieurs mois pour mener à bien cette entreprise débutée au mois de mars dernier…

Sources : L'Express de Toronto, Cleantech Republic, National Geographic, 20 minutes

Fermetures d'usine en Chine pour réduire les émissions de CO2

Jeudi 19 août 2010

Pollution industrielle en Cine

En Chine, on ne plaisante pas. En mai dernier, le premier ministre, Wen Jiabao, avait promis d'agir pour tenir l'objectif de réduction de 20% de la consommation d'énergie par unité de PIB, objectif pris en 2006, d'une réduction sur 5 ans par rapport à la consommation de 2005. On arrive donc au terme de la période. Et la décision de Pékin est tombé : d'ici la fin septembre plus de 2000 sites industriels déclarés vétustes vont devoir fermer leurs portes. C'est le prix à payer de sa croissance sans équivalent.

M. Zhou Xizhou, directeur associé de l'IHS CEA Cambridge Energy Associates, à Pekin a déclaré au correspondant du journal Ouest France :

On ne va pas être très loin des 20%… grâce à la crise. Quand les objectifs ont été fixés, en 2006, personne au monde n'avait prévu la crise de 2008. Pékin, doit certes négocier avec les autorités locales et les directeurs d'usine, mais il est plus facile de justifier fermetures d'usines obsolètes. D'ici à deux moins, tous les sites mentionnés auront fermé.

Ces décisions ne sont évidemment pas sans conséquence pour les ouvriers de ces usines appelées à disparaitre très prochainement…

Source : Ouest France du 17 aout 2010, reunitoo.re (image)

CO2 : la France championne du G8 mais sans faire mieux qu'en 1990

Samedi 14 août 2010

émissions CO2 en France

Le chaud et le froid soufflent sur les performances tricolores en matière de climat : selon deux études publiées début août, la France est la championne incontestée de l'économie « décarbonée » au sein des pays du G8… sans pour autant réussir à faire chuter d'un iota ses émissions de CO2.

Commençons par la mauvaise nouvelle, portée lundi 9 août par le commissariat général au développement durable du ministère de l'écologie : les rejets de CO2 dans l'Hexagone – incluant les secteurs primaire, secondaire et tertiaire ainsi que les ménages – se sont élevés à 439 millions de tonnes en 2007 (date des données complètes les plus récentes). Soit une tonne de plus qu'en 1990. Un résultat assez éloigné des cocoricos du gouvernement, même s'il est conforme à l'engagement de Paris, dans le cadre du protocole de Kyoto, de maintenir ses rejets de CO2 au niveau de 1990 d'ici à 2012.

Pire, « l'empreinte carbone de la demande finale française, une fois pris en compte le solde des émissions liées aux importations et aux exportations, est de l'ordre de 9 tonnes de CO2 par personne et par an », soit 545 millions de tonnes au total, 33 % de plus que le chiffre officiel, révèle l'étude, qui calculait pour la première fois ce volume d'émissions « nettes ».

Ce niveau élevé interroge sur la capacité de la France à atteindre ses engagements à plus long terme : réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 20 % d'ici à 2020 par rapport à 1990, et les diviser par quatre en 2050. Car si les rejets de CO2 n'ont pas baissé en dix-sept ans, ce n'est pas faute d'efforts.

« Le progrès technique a entraîné une baisse du niveau d'émissions unitaires de CO2 de la production et de la consommation, notent les auteurs.Cependant, l'augmentation du niveau de la production et de la consommation a de façon générale compensé les effets de cette baisse. »

C'est ce qu'on appelle l'« effet rebond » : l'utilisation plus efficace d'une énergie moins émettrice de CO2 a été annulée par l'explosion de la demande. Ainsi les ménages, responsables de 30 % des émissions, ont allongé leurs parcours en voiture et agrandi la surface de leurs logements. Et dans les branches de production, la croissance a laissé au même niveau des rejets que les progrès énergétiques auraient dû faire chuter d'un tiers.

« Il ne faut pas s'arrêter à l'absence de résultats immédiats », relativise Michèle Pappalardo, la commissaire générale au développement durable. « Jusqu'en 2000, la sobriété énergétique n'était pas un sujet de préoccupation et ne faisait pas l'objet d'efforts particuliers. Depuis, les politiques en faveur des énergies renouvelables ou de l'efficacité énergétique existent, mais prennent du temps à mettre en place. »

Loin de la caricature de cheminées d'usines déversant leur CO2 dans l'atmosphère, la revue de détail révèle que les émissions de l'industrie manufacturière et de la production d'énergie ont reculé de 20 millions de tonnes sur la période, quand celles des activités de commerce et de services ont bondi de 19 millions de tonnes.

La France pourra-t-elle passer à la vitesse supérieure ? Oui, dit la commissaire générale, « à condition de fixer un prix au carbone et d'accomplir des progrès importants, y compris dans nos modes de comportement individuels, pour réduire la consommation par tête d'énergie et de ressources ».

Cet optimisme est confirmé – c'est la bonne nouvelle – par une étude en provenance du Canada, selon laquelle la France a pris la tête de la course vers une économie « verte ». Désireux de mesurer la compétitivité de leur pays dans une économie sobre en carbone, les experts de la Table ronde nationale sur l'environnement et l'économie, assistés par le cabinet Deloitte & Touche, ont jugé les pays du G8 selon quinze indicateurs liés aux réductions des émissions (intensité carbone de l'économie, investissements, innovations, formation, institutions…). Le Canada, qui a vu ses émissions de gaz à effet de serre gonfler de 26 % entre 1990 et 2007, pointe à la sixième place.

C'est la deuxième fois en 2010 qu'une étude nord-américaine souligne les bonnes performances de la France. En mai, un palmarès réalisé par les universités Yale et Columbia, aux Etats-Unis, plaçait la France au 7e rang mondial pour l'environnement – et en tête des pays du G20.

Sources : AFP, Le Monde, essperans.fr

Etats-Unis : le Sénat refuse la loi sur le climat

Jeudi 29 juillet 2010

Green Obama

Barack Obama se proposait de faire adopter rapidement des mesures importantes pour limiter les émissions de gaz à effet de serre (GES) aux Etats-Unis. La Chambre de représentants s'était prononcée pour une loi contraignante à une courte majorité, mais au Sénat, ce sont les républicains qui ont la majorité. Or, cette loi, ils n'en veulent pas et l'ont donc rejetée massivement.

Le projet de loi original était ambitieux : il avait pour objectif une diminution de 17 % des rejets de CO2 d'ici 2020 par rapport au niveau de 2005, et de 80 % d'ici 2050. Alors qu'il avait été adopté en 2009 par la Chambre des représentants, le gouvernement espérait le faire accepter par le Sénat. Mais celui-ci refuse même un texte largement édulcoré.

En effet, ce texte comprend quatre volets : les forages pétroliers, le développement des énergies renouvelables, les incitations fiscales pour réduire la consommation d'énergie et l'introduction d'un marché d'émission, un système « cap and trade » (système de plafonnement et d'échange), limité au seul secteur électrique. Mais ni cette tentative de taxer le carbone, ni l'obligation pour le secteur énergétique d'utiliser 10 % d'énergies propres n'ont été approuvées par le Sénat. Curieusement, même la récente marée noire du golfe du Mexique, qui a mis en évidence les dangers des forages de plus en plus profonds, n'a pas fait reculer les républicains. Barack Obama se voit donc obligé de renoncer à un projet qui lui tenait particulièrement à cœur.

Les écologistes, très déçus par ce refus du Sénat, espèrent encore que, à défaut de loi, le gouvernement passera par la voie des réglementations : l'Agence pour la Protection de l'Environnement (EPA) pourrait décider par décret des réductions de CO2. Mais dans ce cas, selon les analystes, les ambitions se limiteraient à une diminution de 14 % des émissions américaines de GES, voire même à une simple stabilisation des rejets.

D'autre part, l'abandon du projet cap and trade risque de gêner l'essor des énergies renouvelables outre Atlantique. En effet, le gouvernement souhaitait financer le développement des énergies alternatives grâce aux milliards de dollars récoltés par la vente des permis d'émission, qui lui auraient permis en outre de diminuer le déficit budgétaire du pays.

Autre conséquence de ce revers pour le président des Etats-Unis, il arrivera à la conférence des Nations Unies sur le climat dans une position embarrassante : il lui sera impossible de garantir les engagements pris à Copenhague en 2009. Cette conférence se déroulera à Cancun au Mexique au mois de novembre. Mais dans ce contexte, les USA pourront-ils s'engager à soutenir financièrement les pays émergents dans leur lutte contre le réchauffement du climat ? Les Européens s'interrogent sur l'avenir de la contribution américaine à ce plan.

Source : Le Monde

Réduction des émissions de CO2 : les Japonais sont priés de se coucher plus tôt

Samedi 10 juillet 2010

Japonais qui devrait aller se coucher plus tot

Le gouvernement japonais vient de lancer une campagne incitant les habitants du pays à aller au lit une heure plus tôt. Veiller fait consommer trop d'électricité et donc émettre trop de dioxyde de carbone, mieux vaut, selon le ministère de l'environnement nippon, profiter d'une heure de jour de plus le matin.

Les Japonais veulent réduire de 25 % leurs rejets de CO2 par rapport à 1990. Partant de la constatation que la population produit 20 % de ses émissions de carbone dans l'heure précédant son coucher, le gouvernement estime en effet que si elle calquait ses activités sur les heures d'ensoleillement, des économies substantielles pourraient être réalisées. Les émissions des ménages représentent 20 % des émissions totales du pays.

Trop de télé, d'ordinateurs, de lumière donc dans l'heure précédant le coucher. La campagne baptisée « Défi du Matin » encourage ainsi les couche-tard à profiter d'une heure gagnée le matin pour se lancer dans de nouvelles activités : yoga, jogging ou encore petit déjeuner consistant. Ce changement d'habitudes pourrait entraîner, selon les calculs du gouvernement, une réduction de 85 kg  par an et par famille des émissions de dioxyde de carbone.

Que cette campagne intervienne à la période où les jours sont les plus longs peut surprendre : les Japonais profitent en fait de la lumière du jour. Mais la mesure de changement d'heure appliquée dans tous les pays européens, pour des raisons d'économies d'énergie justement, n'existe pas au Japon.

Le gouvernement nippon n'en est pas à son coup d'essai  pour inviter les Japonais à changer leurs mauvaises habitudes : il y a cinq ans déjà, il recommandait aux hommes d'affaires de porter des chemises à manches courtes (une révolution !) pour travailler en été, afin d'économiser l'électricité demandée massivement par les climatiseurs aux heures de bureau. Quand on veut réduire son impact carbone, il faut s'en donner les moyens !

Sources : Aujourd'hui le Japon, Maxisciences

Taxe carbone : ajournée aux calendes grecques

Vendredi 2 juillet 2010

Report sine die

Décidément, l'adoption d'une taxe carbone ne semble pas chose aisée : la France avait déjà étudié le projet et décidé de s'en remettre à une réglementation européenne (voir notre article du 4 avril) et voici que la Commission Européenne décide aussi d'en ajourner l'examen, sine die cette fois.

Aucune unanimité – obligatoire en matière de fiscalité – n'aurait pu être obtenue entre les états membres sur le projet de taxer la tonne de CO2 à 20 €, chiffre avancé par le commissaire à la fiscalité, Algirdas Semeta (voir à ce sujet notre article du 7 juin). La commission donne deux raisons au report de cette directive : la crise économique qui sévit toujours et l'hostilité des contribuables à toute nouvelle taxe.

Le commissaire à la fiscalité a donc été prié, selon l'AFP, de « reprendre sa copie » et « d'affiner les études d'impacts sur différents secteurs ». Inutile à lui de se presser : la Commission ne lui a fixé aucun délai pour présenter ses résultats. La porte-parole de la Commission, Pia Ahrenkilde-Hansen, a aussi précisé :

L'opportunité de présenter un tel projet touchant à un sujet aussi sensible que la fiscalité dans le contexte économique actuel a dicté cette position de prudence.

Mais en plus des deux motifs invoqués précédemment, on peut en constater un troisième. En effet, certains pays se montrent particulièrement hostiles à cette taxe au niveau européen : soit parce qu'ils sont opposés à toute mesure de fiscalité imposée par Bruxelles, comme la Royaume-Uni (alors que celui-ci a déjà institué une taxe carbone nationale) et l'Irlande ; soit parce qu'une telle taxe les pénaliserait, comme l'Allemagne ou la Pologne qui s'appuient encore beaucoup sur le charbon. Le gouvernement français redoute plus, quant à lui, le mécontentement de certains secteurs d'activité, et c'est déjà pour cette raison qu'il avait préféré confier le soin d'une telle décision à l'Europe.

Le texte du projet donnait aux états une grande liberté pour utiliser les revenus de cette taxe. Elle devait surtout permettre d'impliquer les secteurs les plus émetteurs de gaz à effet de serre (bâtiment, transports, agriculture) dans la lutte contre le changement climatique. Les commissaires européens estimaient d'ailleurs que 20 € par tonne constituaient un seuil nécessaire pour un impact réel sur les modes de consommation, alors qu'une somme plus faible ne l'aurait pas permis.

Source : AFP

L'électricité française bonne élève du CO2, les français moins

Lundi 28 juin 2010

L'INSEE vient de publier les chiffres 2010 de l'économie française. Nous y apprenons ainsi que nous émettons moins de CO2 que la plupart des pays développés : 9 tonnes par an et par habitant, et ce, grâce en grande partie à l'énergie nucléaire, mais pas aux ménages, peu économes en gaz à effet de serre.

La France représente 1 % de la population mondiale, mais 3 % du PIB et 1,3 % des émissions de CO2 de la planète, très loin derrière la Chine et les Etats-Unis, naturellement, mais aussi derrière l'Allemagne (2,6 % des rejets, soit exactement le double des nôtres), et le Royaume-Uni (1,7 %).

Selon l'analyse de l'INSEE, cela provient en grande partie du fait de la production d'énergie électrique par des technologies non émettrices : 75 à 78 % d'origine nucléaire et 11 à 13 % d'origine hydraulique, soit 90 % environ de la production totale d'électricité. Pour comparaison, sur l'électricité totale produite dans le monde, seul un tiers provient des énergies non émettrices, les deux tiers restant ont recours aux énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz). Cela nous place aussi, selon une étude des universités de Yale et de Columbia (USA), à la septième place des pays les moins émetteurs en CO2.

Contenu CO2 du kWh France Mai 2010

Contenu CO2 du kWh France Mai 2010 (Source : bilanco2.com), cliquez pour agrandir

Contenu CO2 du kWh Belgique Mai 2010

Contenu CO2 du kWh Belgique Mai 2010 (Source : bilanco2.com), cliquez pour agrandir

Sur les quelques 410 millions de tonnes de CO2 émises, plus des deux tiers proviennent de l'appareil productif : l'industrie et la construction (secteur secondaire donc) pour 64 % et l'agriculture (secteur primaire), modeste puisqu'elle ne pèse que pour 4 %.

Mais le tiers restant est bien à imputer aux ménages. La raison ? Ils se chauffent et ils se déplacent. Or 34 % des gaz à effet de serre induits par les foyers français sont liés au logement (qui représente par ailleurs 25 % de leur budget) et 31 % aux transports (14 % de leur budget).

Tous les ménages ne sont d'ailleurs pas logés à la même enseigne : les 20 % de familles les plus aisés émettent 29 % du CO2, alors que les 20 % des foyers les plus modestes n'en rejettent que 11 %. Pour 1 € dépensé, les ménages aisés ont un rejet plus faible de CO2, mais ils consomment beaucoup plus : les émissions induites sont donc beaucoup plus fortes.

L'INSEE précise de plus que les variations dépendent de la taille de la famille. Le rapport souligne ainsi :

En France, un habitant induit par sa consommation une émission de 6,4 tonnes de CO2 par an en moyenne, mais ce chiffre atteint 8,6 tonnes pour les personnes vivant seules et ne s'élève qu'à 4,1 tonnes pour les personnes vivant au sein d'une famille nombreuse.

Nos ménages gros consommateurs achètent aussi des produits importés. Donc des émissions de CO2 se font hors des frontières pour satisfaire la demande française.  Au final, les émissions totales induites par la France sont de 550 000 de tonnes de CO2 (d'où le calcul de 9 tonnes par habitant), dont 40 % à l'étranger. Mais sur cette part là, les ménages ne sont pas les seuls responsables.

En fait, 9 tonnes de CO2 émis par habitant, cela représente l'équivalent de 9 allers-retours Paris-New-York, ou encore 76 500 km parcourus en 4×4 en ville… Mais qui aurait l'idée de se servir d'un 4×4 en ville, n'est-ce pas ?

Sources : L'Expansion, Atlasinfo, bilanCO2

Chasseurs de CO2

Vendredi 25 juin 2010

chasseur de CO2

La NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) a demandé à des centaines de volontaires à travers le monde de se transformer en chasseurs de CO2.

Leur mission est simple : partout dans le monde, de l'Asie à l'Afrique ou à l'Amérique, ils doivent remplir de gros flocons d'air ambiant et les déposer au Consulat des Etats-Unis le plus proche. Ils sont alors expédiés, via la valise diplomatique, dans le Colorado, où la NOAA se charge de les analyser. Ce programme a été baptisé Carbon Tracker (chasseur de carbone).

Les chercheurs ont ainsi entrepris depuis quelques années de mesurer les quantités réelles de dioxyde de carbone et de méthane émises dans l'atmosphère. Ils visent à distinguer les émissions de gaz à effet de serre d'origine anthropique de celles de source naturelle.

Ils complètent ainsi les relevés émanant de stations fixes : il en existe actuellement 200 dans le monde, dont 40 en Europe où le Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA2) espère en disposer d'une centaine supplémentaire prochainement dans le cadre du projet européen Icos. Les chercheurs comptent ainsi pouvoir confronter leurs mesures à celles des gouvernements, évaluées sur des calculs à partir de données sur les quantités de pétrole ou de gaz consommées, la taille des cheptels et la surface des forêts entre autres.

Des relevés effectués par des satellites donnent une autre méthode de mesures. Le premier, japonais, lancé il y a peu, commence à donner quelques résultats. Les Américains, quant à eux, envisagent de lancer le leur en 2013.

En France, le Laboratoire des Sciences du Climat et de l'Environnement (LSCE)  se charge aussi de mesures et d'analyses similaires. D'autre part, deux missions pilotées par le Centre National d'Etudes Spatiales sont en cours, l'une pour la mesure du CO2, l'autre en collaboration avec l'Allemagne pour la mesure du CH4 (méthane).

Source : Le Figaro

Les émissions de CO2 de la Chine encore en hausse en 2009

Mardi 22 juin 2010

Shangai de nuit

Alors qu'en 2007, la Chine avait prévu de réduire ses  émissions de CO2 de 50 millions de tonnes avant 2010, le rapport publié récemment par BP sur la production et la consommation mondiale d'énergie montre qu'au contraire elles continuent d'augmenter, malgré la première baisse depuis 1982 de consommation d'énergie au niveau mondial (-1,1 %), due en grande partie à la crise.

Le rapport BP

La Chine a émis en 2009 24,2 % du CO2 mondial, loin devant les Etats-Unis (19,1 %). Ses rejets augmentaient de 9,1 %, alors que ceux des USA reculaient de 6,5 %. En effet, la consommation d'énergie, hors énergies renouvelables, de la Chine enregistrait, l'année dernière, une hausse  de 8,7 %, rattrapant  ainsi celle des Américains (19,5 % de la consommation mondiale chacun), loin devant la Russie (5,7 %), le Japon et l'Inde (4,2 %).

Par contre du côté des énergies renouvelables, les éoliennes y ont connu une croissance exceptionnelle : + 113,3 %. La capacité de production chinoise est maintenant égale à celle de l'Allemagne (25 853 MW), et se situe juste derrière les USA. Le solaire, en hausse de 110,3 % quand même, ne représente que 1,3 % de la production mondiale, loin derrière l'Allemagne (42,2 %) et le Japon (11,5 %).

Les communiqués de presse chinois

Cette tendance à la hausse de la consommation d'énergie inquiète d'ailleurs fortement les dirigeants chinois qui multiplient les communiqués de presse appelant à des économies d'énergie et annonçant des mesures drastiques. Le dernier en date, Xie Zenhua, vice-ministre de la Commission d'Etat pour le Développement et la Réforme (CEDR), a déclaré :

La Chine n'épargnera aucun effort pour réaliser son objectif d'économie d'énergie fixé par le 11ème Plan quinquennal du pays (2006-2010).

Or, cette commission avait fixé la baisse de consommation d'énergie à 20 % par unité de PIB entre 2005 et 2010, objectif qu'elle voit actuellement hors de portée. Pour 2009 déjà, l'objectif annuel n'a pas été atteint : 2,2 % contre 4 % prévus. Du coup, les dirigeants appellent les entreprises à faire des efforts importants sur les 6 derniers mois de l'année et annoncent un renforcement du système de responsabilité et un contrôle des industries fortement polluantes. Ainsi le communiqué du vice-ministre de la CEDR ajoute :

Des entreprises à forte intensité d'énergie seront fermées ou on leur demandera de réduire leur production, alors que les industries à faible consommation d'énergie seront encouragées avec des mesures préférentielles.

Les mesures annoncées prévoient entre autres de fermer les petites centrales thermiques au charbon (d'une capacité de moins de 10 millions de kW), de réduire la production de fer de 25 millions de tonnes et celle de l'acier de 6 millions de tonnes.

Sources : la Tribune, Chine-informations, CCTV

Protection de la nature : mesures insuffisantes en France

Mardi 15 juin 2010

Deux nouvelles se télescopent dans l'actualité : d'une part la parution du rapport quadriennal sur l'état de l'environnement en France et d'autre part le rappel à l'ordre de Bruxelles à la France qui doit mettre en conformité ses lois avec les directives européennes sur l'environnement.

Le rapport quadriennal souligne des améliorations en ce qui concerne l'air en ville et la pollution des eaux, et des dégradations au sujet de la biodiversité et de la présence de pesticides dans la nature. Il passe entre autres en revue le CO2, l'air, l'eau, les sols et la biodiversité.

En ce qui concerne les gaz à effet de serre (GES), le rapport précise :

Alors que les émissions des six GES couverts par le protocole de Kyoto ont augmenté au niveau mondial de 24 % de 1990 à 2004, la France a enregistré une baisse de ses émissions de GES de 5,6 % durant la même période.

Avec 8,4 teq CO2 par habitant (chiffre retenu pour l'année 2007), la France se classe parmi les pays industrialisés les moins émetteurs de gaz à effet de serre. Toutefois, ce chiffre monte à 12 tonnes si l'on y inclut le CO2 des produits importés. Mais contrairement à ce que nous croyons généralement, 68 % des GES lié aux importations provient des autres pays européens, contre 14 % pour l'Asie, 11 % pour l'Amérique et l'Afrique. Entre 1990 et 2008, les émissions de CO2 ont diminué de 6,4 %, et on compte sur une baisse entre 2008 et 2009 de 4 %, due cette fois à la crise. D'autre part, les émissions dues aux transports routiers, si elles ne diminuent pas, ont infléchi un peu leur courbe d'augmentation : 14 % entre 1990 et 2008, alors qu'entre 1990 et 2007, on chiffrait l'augmentation à 19 %.

Pour l'air des villes, on relève dans le rapport :

Variables selon les polluants et très sensibles aux conditions météorologiques, les indices de pollution sont orientés à la baisse sur la période à l’exception de l’ozone.

L'air des villes s'est donc amélioré entre 2000 et 2008 : les émissions de dioxyde de soufre enregistrent une diminution de 63 %. Mais les particules fines sont elles aussi en baisse, grâce à des normes plus sévères sur la qualité du fioul domestique et des carburants et à une surveillance accrue des pollutions industrielles. Acides, ammoniac et oxydes d'azote chutent de 34 % entre 1990 et 2007, mais les chercheurs notent la présence de métaux lourds dans l'air, ainsi qu'une pollution chronique par les pesticides.

En ce qui concerne l'eau, le rapport se montre nuancé :

Bien que les niveaux de pollution restent globalement élevés et que les années de sécheresse puissent aggraver sensiblement la concentration des polluants, on constate tendanciellement une stabilisation, voire une amélioration, des paramètres de qualité des cours d’eau.

En fait, la concentration de nitrates dans les cours d'eau n'augmente pas : dans 58 % des cas, elle est inférieure à 10 mg, contre 56 % précédemment. Mais la qualité des eaux souterraines se dégradent. Les pesticides changent : l'atrazine est ainsi 5 fois moins présente en 2007 qu'en 1997 (elle est interdite depuis 2003), mais le glyphosate la remplace. Le rapport souligne aussi le risque prouvé de « perturbateurs endocriniens » dans l'eau, qui agissent sur la détermination sexuelle de la faune aquatique, à cause de produits pharmaceutiques, de plastifiants et de détergents.

A propos de l'eau, notons aussi qu'un rapport du Conseil d'Etat (L'eau et son droit) propose la création d'une taxe sur les nitrates et une mise en cause des collectivités locales en cas de condamnation de la France par Bruxelles pour non-respect des directives sur l'eau.

Pour les sols, le rapport ne se montre pas particulièrement positif :

Concernant les sols, le suivi des éléments traces (ex. plomb, cuivre) ne donne un état des lieux que pour la période 2000-2009. Pour le phosphore, l’analyse bénéficie de données depuis 1990. Globalement, la contamination des sols est très large.

Les sols se trouvent contaminés par le plomb émis précédemment par le trafic routier. Aujourd'hui, les carburants n'en contiennent plus, mais après des années de rejet dans l'air par les véhicules, le plomb est retombé sur le sol. Ainsi 43 % des analyses présentent  30 à 100 mg de plomb, et plus particulièrement dans un rayon inférieur à 30 km des grandes agglomérations. En zone agricole, on relève la présence du phosphore en raison de l'utilisation des engrais, et une concentration de cuivre en zone viticole en raison de l'application régulière de sulfate de cuivre.

biodiversite

source : paris.novopress.info

Et pour la biodiversité, les propos sont franchement négatifs :

Influencé par la dynamique d’artificialisation et de fragmentation de l’espace, et plus généralement par la pression du développement humain, l’état de la biodiversité n’est pas satisfaisant.

Bien que les espaces protégés aient augmenté, les marais, las tourbières, les dunes et les habitats côtiers et marins sont jugés dans un état de conservation plutôt mauvais. Si le diagnostic est préoccupant pour la flore, il se trouve plus difficile à déterminer pour la faune en raison des difficultés de suivi des populations. En ce qui concerne les oiseaux, une baisse importante des oiseaux « spécialisés » est avéré : moins 20 % pour les oiseaux agricoles, moins 11 % pour les forestiers. Les « généralistes » résistent mieux et continuent à augmenter. La population de mammifères sauvages (notamment les ongulés) progresse elle aussi, tout comme l'aire de présence régulière du lynx.

Le rapport conclut :

L’environnement en France paraît encore trop considéré de manière sectorielle, fragmentée. Les efforts consentis par les différents acteurs sont encore très variables. Il reste à traduire dans les faits la vision globale et partagée portée par le Grenelle de l’environnement visant un développement économique susceptible d’apaiser les relations de l’homme avec son milieu sur le long terme.

Les reproches de l'Europe

D'ailleurs, c'est justement pour ce manque de traduction dans les faits que la France, comme cinq autres pays européens, vient d'être épinglée par Bruxelles. Les institutions européennes lui reprochent de ne pas avoir encore transposé certaines règles environnementales décidées au niveau de l'Union Européenne dans la législation nationale, et de plus de ne pas faciliter l'accès à des données sur l'environnement comme les sources de pollution, la qualité de l'environnement et la localisation des sites protégés.

Ainsi, Janek Protocnik, commissaire européen à l'environnement, a déclaré :

La législation environnementale de l'UE est destinée à protéger les citoyens de l'Union et l'environnement. J'invite instamment les États membres qui ne l'ont pas encore fait à transposer sans délai les dispositions concernées dans leurs législations nationales.

Sources : Les Echos, Batiactu, le Rapport sur l'Environnement en France