Articles avec le tag ‘Commission Européenne’

La fin subventionnée des mines de charbon d'Europe ?

Mardi 27 juillet 2010

La Commission Européenne souhaite voir se fermer les mines de charbon déficitaires en Europe. Telle est la conséquence de la proposition de règlement qu'elle vient d'adopter et qui vise à faciliter la fin d'exploitation des mines de houille non rentables avant le 1er octobre 2014. Ce règlement concerne aussi bien la houille que le lignite et tous les autres types de charbon.

Ancienne mine de charbon en Allemagne

Ancienne mine de charbon en Allemagne (source : euranet)

Des aides à la fermeture

Un gouvernement désirant une aide dans ce secteur devra désormais, pour l'obtenir,  présenter parallèlement un plan de fermeture des mines déficitaires. L'objectif recherché est donc de fermer toutes les mines de charbon non compétitives avant 4 ans. La Commission reconnaît que fermer ces mines trop brusquement entraînerait des conséquences socio-économiques désastreuses, mais estime aussi que, pour des raisons de loyauté envers les entreprises concurrentes,  et dans l'intérêt des finances publiques, seules celles qui sont viables sans subvention doivent subsister. Elle rappelle aussi que la règle est de favoriser les énergies propres.

Les états membres ne seront donc autorisés à accorder des aides de fonctionnement à l'activité minière d'un site que dans un contexte de fermeture. Ces aides devront être dégressives dans le temps (-33% par tranche de 15 mois) et devront être remboursées si la mine n'a pas fermé ses portes à la date prévue (1er octobre 2014). De plus, pour obtenir une aide à la fermeture, les états membres devront présenter un plan de mesures dans le domaine du rendement énergétique, des énergies renouvelables ou encore du captage et stockage du CO2 pour atténuer l'impact environnemental de l'industrie houillère aidée.

Plan de financement aux mines déficitaires donc, mais ce plan portera sur les conséquences sociales et environnementales de l'abandon de l'extraction. Par contre, les services d'orientation et de reconversion des travailleurs des mines continueront à travailler dans un cadre juridique commun. La réhabilitation des sites abandonnés en fera aussi partie.

Conséquences importantes, mais voie vers les énergies renouvelables

Cependant, dans certaines régions où l'activité d'extraction du charbon reste encore très importante, les conséquences socio-économiques des fermetures risquent d'être déstabilisantes. Ces fermetures de sites miniers entraîneront d'autre part vraisemblablement de manière transitoire une hausse des rejets de gaz à effet de serre, car il faudra importer davantage de charbon et l'acheminer vers les centrales.

Actuellement, 100 000 personnes travaillent encore pour le secteur des mines : 42 000 dans le secteur proprement dit, le reste dans les industries connexes. En fait, la production de charbon de l'Europe ne représente que 2,5 % de la demande mondiale, et elle importe plus de la moitié de ses consommations pour faire fonctionner ses centrales thermiques. Mais en Allemagne 40 % de la production d'électricité provient de la combustion du charbon (et 15,4 % des énergies vertes), de même qu'en Roumanie, et 25 % pour l'Espagne (mais 20,6 % des énergies renouvelables).

L'Union Européenne veut montrer, au niveau mondial, la voie à suivre vers les énergies renouvelables, à la fois pour des raisons environnementales et par souci d'un approvisionnement sûr. Ces énergies vertes ont représenté 62 % des nouvelles capacités de production d'électricité en 2009, contre 57 % en 2008. En maintenant ce rythme, l'objectif de 20 % d'électricité consommée d'origine renouvelable sera certainement très largement dépassé et pourrait atteindre 35 voire 40 % de l'électricité totale consommée.

Source : Fenêtre sur l'Europe

Taxe carbone : ajournée aux calendes grecques

Vendredi 2 juillet 2010

Report sine die

Décidément, l'adoption d'une taxe carbone ne semble pas chose aisée : la France avait déjà étudié le projet et décidé de s'en remettre à une réglementation européenne (voir notre article du 4 avril) et voici que la Commission Européenne décide aussi d'en ajourner l'examen, sine die cette fois.

Aucune unanimité – obligatoire en matière de fiscalité – n'aurait pu être obtenue entre les états membres sur le projet de taxer la tonne de CO2 à 20 €, chiffre avancé par le commissaire à la fiscalité, Algirdas Semeta (voir à ce sujet notre article du 7 juin). La commission donne deux raisons au report de cette directive : la crise économique qui sévit toujours et l'hostilité des contribuables à toute nouvelle taxe.

Le commissaire à la fiscalité a donc été prié, selon l'AFP, de « reprendre sa copie » et « d'affiner les études d'impacts sur différents secteurs ». Inutile à lui de se presser : la Commission ne lui a fixé aucun délai pour présenter ses résultats. La porte-parole de la Commission, Pia Ahrenkilde-Hansen, a aussi précisé :

L'opportunité de présenter un tel projet touchant à un sujet aussi sensible que la fiscalité dans le contexte économique actuel a dicté cette position de prudence.

Mais en plus des deux motifs invoqués précédemment, on peut en constater un troisième. En effet, certains pays se montrent particulièrement hostiles à cette taxe au niveau européen : soit parce qu'ils sont opposés à toute mesure de fiscalité imposée par Bruxelles, comme la Royaume-Uni (alors que celui-ci a déjà institué une taxe carbone nationale) et l'Irlande ; soit parce qu'une telle taxe les pénaliserait, comme l'Allemagne ou la Pologne qui s'appuient encore beaucoup sur le charbon. Le gouvernement français redoute plus, quant à lui, le mécontentement de certains secteurs d'activité, et c'est déjà pour cette raison qu'il avait préféré confier le soin d'une telle décision à l'Europe.

Le texte du projet donnait aux états une grande liberté pour utiliser les revenus de cette taxe. Elle devait surtout permettre d'impliquer les secteurs les plus émetteurs de gaz à effet de serre (bâtiment, transports, agriculture) dans la lutte contre le changement climatique. Les commissaires européens estimaient d'ailleurs que 20 € par tonne constituaient un seuil nécessaire pour un impact réel sur les modes de consommation, alors qu'une somme plus faible ne l'aurait pas permis.

Source : AFP

Les biocarburants durables réglementés par la Commission Européenne

Jeudi 24 juin 2010

La Commission Européenne s'est récemment penchée sur le cas spécifique des biocarburants et encourage les pouvoirs publics, mais aussi les entreprises et les ONG, à se doter d'un système de certification pour tous les types de biocarburants, produits sur place ou importés. Provenance, processus de fabrication, et gain en réduction d'émissions de gaz à effet de serre : tout doit pouvoir se contrôler et contribuer à atteindre l'objectif global d'une part de 20 % d'utilisation d'énergies renouvelables dans la consommation totale d'énergie et la réduction des émissions de CO2 prévue.

biocarburant

Source : partibreton.com

Günther Oettinger, commissaire européen chargé de l'énergie entend bien s'entourer de toutes les garanties pour veiller à ce que l'Europe n'utilise que des biocarburants durables :

Pour les années à venir, les biocarburants représentent la principale alternative à l’essence et au diesel utilisé dans les transports, à l’origine de plus de 20 % des émissions de gaz à effet de serre dans l’Union européenne. Nous devons toutefois veiller à ce que les biocarburants que nous utilisons soient des biocarburants durables. Notre régime de certification est le plus strict du monde; il garantira que les biocarburants consommés dans l’UE satisfont aux normes environnementales les plus élevées. Et parce qu’il couvre les biocarburants importés, il produira des effets positifs sur d’autres régions du monde également.

Critères de provenance

Ainsi les matières premières des biocarburants distribués en Europe ne devront pas provenir de l'exploitation des forêts en général ni de zones récemment déboisées,  et encore moins des forêts tropicales, pas plus que de la conversion d'une forêt en plantation de palmiers à huile. Elles ne doivent pas venir non plus de l'exploitation de tourbières drainées, de zones humides ni de terres auxquelles la biodiversité procure une grande valeur.

Certaines associations ont demandé que soient protégées les terres réservées à la production de l'alimentation humaine, mais la commission a estimé qu'il existait suffisamment de terres en friche dans l'Union Européenne pour ne pas utiliser pour la production de biocarburants des terres cultivables pour l'alimentation.

Critères de réduction d'émissions de gaz à effet de serre

Après un rappel des objectifs nationaux contraignants en matière d'énergies renouvelables et de réduction des gaz à effet de serre, la Commission souligne le fait que pour le secteur des transports, l'objectif de  l'utilisation d'une part de 10 % d'énergies renouvelables à l'horizon 2020 est identique dans tous les états membres.

Pour obtenir la certification, les biocarburants devront permettre une réduction minimum de 35 % des émissions de CO2 par rapport à leurs homologues issus des énergies fossiles dans un premier temps, pour atteindre 50 % en 2017 et 60 % en 2018 pour les biocarburants produits avec les nouvelles installations.

Contrôle de l'observation des normes

Les fabricants devront respecter scrupuleusement les règles « les plus strictes du monde » édictées par la Commission. Dans ce but, des auditeurs indépendants, dont les critères de choix sont fixés par la directive en matière « de fiabilité et d'imperméabilité à la fraude », devront chaque année contrôler toute la chaîne de production : « de l'exploitation agricole et du moulin, en passant par le négociant, jusqu’au distributeur qui fournit l’essence ou le diesel à la station-service ».

Qu'ils soient importés ou produits en Europe, seuls seront pris en compte dans l'atteinte de l'objectif de 10 % les biocarburants répondant à tous les critères de certification.

Sources : communiqué de presse de la Commission Européenne, Caradisiac

Une réduction supplémentaire de CO2 pour l'Europe ? (suite…)

Lundi 14 juin 2010

Selon l'agence Reuters, Jean-Louis Borloo, le ministre de l'écologie, a déclaré que la France était favorable au relèvement de l'objectif de réduction des gaz à effet de serre à 30 % d'ici 2020, alors que, comme nous l'avons vu dans notre article du 2 juin, le ministre délégué à l'industrie, Christian Estrosi avait pesé, ainsi que son collègue allemand, sur la Commission Européenne pour contrer le projet du rapport de la Commissaire Européenne chargée du climat, Connie Hedegaard.

pollution

source : airdeterre

A Luxembourg, le 11 juin, le ministre de l'écologie a déclaré :

La France souhaite que soit accélérée l'étude plus détaillée des options envisageables pour une trajectoire allant le plus rapidement à 30%.

Plusieurs ministres européens de l'environnement ont d'ailleurs repris les mêmes propos alors que la commission avait finalement renoncé à s'engager dans cette voie.

Le ministre chargé de l'industrie estimait que les conditions n'étaient pas favorables à un relèvement unilatéral. Le ministre de l'écologie estime quant à lui que la France dépassera ce seuil de 30 % de réduction à l'horizon 2020, et que le risque de « fuites de carbone » (délocalisation des industries vers des pays moins regardants) avait été surévalué.

Le rapport de Connie Hedegaard partait du principe que, 2 ans après le début de la crise, l'industrie européenne perdait moins en compétitivité et que le coût de la baisse de Co2 de 30 % serait compensé par les emplois créés.

D'autre part, beaucoup de gouvernements européens se sont prononcés pour cette réduction de 30 % de CO2 : l'Espagne, la Grande Bretagne, l'Allemagne  et tous les pays nordiques, certains estimant qu'elle peut intervenir de manière unilatérale (la Suède par exemple qui se dit prête à remonter ce taux à 30 % à titre national), d'autres qu'il faut en même temps que d'autres grands pays industrialisés s'y engagent (l'Allemagne).

Source : Agence Reuters

Pénurie d'eau en Europe ?

Mardi 8 juin 2010

La question de la pénurie d'eau en Europe risque de se poser très sérieusement selon un rapport publié récemment par la Commission Européenne sur les progrès en matière de lutte contre la raréfaction d'eau et la sécheresse. Il est grand temps de prévoir des efforts supplémentaires pour arrêter le processus de surexploitation des ressources hydrauliques européennes.

Les besoins en eau de qualité augmentent constamment alors que les ressources disponibles sont limitées. Et certaines régions, et même des pays entiers, se voient menacés de pénurie et de sécheresse, pas seulement dans le bassin méditerranéen : manque d'eau en République Tchèque, surexploitation des aquifères en France et en Belgique. Janek Potocnik, commissaire européen chargé de l'environnement précise :

L'eau, c'est la vie ; la politique de l'eau est donc notre assurance-vie. Ce rapport souligne combien il est important d'intégrer la politique de l'eau aux objectifs politiques plus larges fixés à tous les échelons, au niveau de l'UE comme au niveau national. Plus que toute autre sphère d'intervention, notre politique de l'eau doit répondre aux critères du développement durable; nous ne pouvons en effet nous permettre d'emprunter de l'eau aux générations futures.

economisons l'eau

source : enviro2b

Le rapport préconise une tarification rationnelle de l'eau et des mesures d'économie contraignantes pour parvenir à une réduction de la consommation de tous les dispositifs consommateurs (robinets, douches, baignoires, mais aussi arrosage) et des appareils domestiques (lave-linge, lave-vaisselle). Il faut économiser dans le bâtiment, limiter les fuites, utiliser rationnellement l'eau dans le secteur agricole.

D'autre part, les états membres ont pris du retard dans la mise en œuvre de la directive-cadre sur l'eau : ils devaient présenter leurs plans de gestion des bassins hydrographiques en mars, et certains n'ont même pas encore commencé les consultations.

La Grande-Bretagne par contre semble décider à prévenir le problème : elle vient d'inaugurer une première usine de dessalement de l'eau dans la banlieue de Londres. Elle pourra produire 150 millions de litres d'eau potable chaque jour, de quoi couvrir les besoins d'environ 400 000 foyers, à partir des eaux saumâtres prélevées dans la Tamise, dont la teneur en sel est cependant inférieure à celle de la mer.

Mais là, les avis sont partagés : les écologistes y voient plutôt un encouragement à gaspiller l'eau, alors qu'il vaudrait mieux moderniser le réseau de distribution, victime de nombreuses fuites. Et ils rejoignent en cela les préoccupations de la Commission Européenne : il est inutile de prélever toujours plus d'eau, il est préférable de prendre toutes les mesures nécessaires pour l'économiser.

Sources : Enerzine, Batiactu

La taxe carbone européenne verra-t-elle le jour ?

Lundi 7 juin 2010

Un projet de taxe carbone européenne est actuellement à l'étude, mais bien des obstacles semblent se dresser sur sa route : ainsi sa discussion par la Commission Européenne, initialement prévue le 26 mai, a déjà été reportée au 23 juin. Et si les commissaires se mettent d'accord pour proposer cette directive, encore faudra-t'il qu'elle remporte l'unanimité des états membres.

taxe carbone fumees industrielles

source : developpementdurable

Le projet de taxe carbone

Cette taxe carbone concernerait les transports routiers (23 % des émissions de gaz à effet de serre), les bâtiments (10 % en Europe, selon les chiffres donnés par le rapport) et l'agriculture. Elle n'a rien de commun avec la taxe aux frontières, réclamée par le président français. D'un prix plancher de 20 € par tonne de Co2, cette fiscalité européenne ferait entrer deux composantes dans son mode de calcul : une sur le contenu de carbone du carburant, du gaz ou du charbon, différentes en fonction des sources (le charbon par exemple émet bien plus de CO2 que le gaz ou les biocarburants) ; l'autre sur l'efficacité énergétique des produits.

Le texte prévoit d'ores et déjà des réductions et exemptions possibles, pour le secteur agricole par exemple, mais aussi pour les ménages à faibles revenus ou pour les zones rurales isolées. Il précise par ailleurs que les industries lourdes, la production d'électricité et l'aviation ne seront pas concernées, puisque déjà soumises au système des quotas.

Les états utiliseront ces fonds récoltés avec une grande liberté : pour réduire leur dette ou d'autres impôts ou encore pour compenser les effets négatifs de cette taxe pour certains contribuables. La fiscalité énergétique européenne représente environ 300 milliards d'euros. Mais cette réforme ne rapporterait pas de ressources supplémentaires selon le rapport, son objectif étant avant tout pédagogique :

L'objectif n'est pas d'augmenter les taxes, mais de les restructurer afin de permettre aux consommateurs de réduire leur imposition en modifiant leur comportement.

Les points qui posent problème

Ce type de schéma existe d'ailleurs déjà en Suède, en Finlande et au Danemark (voir notre article du 4 avril), mais d'autres pays protestent déjà contre cette initiative européenne. Ainsi la Grande-Bretagne qui n'a rien contre ce type de taxation, mais ne veut pas que cela se fasse au niveau européen, rejointe en cela par l'Espagne. L'Allemagne exprime aussi quelques réticences.

D'autre part, la commission reste prudente sur ce sujet en raison des récentes mésaventures du gouvernement français à propos de la taxe carbone en France, passée de 32 € à 17 €, avant d'être tout simplement abandonnée, et de celles de la commissaire au climat, à laquelle la France et l'Allemagne ont opposé une fin de non-recevoir pour son projet de réduire de 30 % et non de  20 les émissions de gaz à effet de serre en Europe d'ici 2020 (voir notre article du 2 juin).

Cette taxe soulèverait une autre difficulté en France, entre autres : elle ferait remonter le prix du gazole au niveau de celui de l'essence, mais les biocarburants se trouveraient beaucoup moins taxés qu'aujourd'hui. De même son champ d'application pose problème : en effet le commissaire à la fiscalité souhaiterait y soumettre le chauffage domestique individuel et le secteur agricole, avec cependant des aménagements nécessaires. Enfin, si cette taxe carbone était adoptée, sa mise en œuvre ne se ferait que très progressivement entre 2013 et 2018, pour laisser à des pays comme l'Allemagne et la Pologne, qui assisteraient à une hausse vertigineuse du prix de leur charbon, le temps de s'adapter.

Sources : Le Point, Les Echos

Pas de réduction unilatérale de CO2 pour l'Europe ?

Mercredi 2 juin 2010

La commissaire européenne chargée du climat, Connie Hedegaard, avait proposé que l'Union Européenne s'engage unilatéralement  sur une réduction, d'ici 2020, de 30 % de ses émissions de CO2, par rapport à 1990, au lieu des 20 % actuellement prévus.

Mais elle a dû faire marche arrière devant l'opposition de la France, par la voix de Christian Estrosi, ministre chargé de l'industrie, et de l'Allemagne, exprimée par Rainer Brüderie, ministre de l'économie. Ceux-ci ont fait part de leur ferme opposition lors d'un point- presse organisé conjointement le 25 mai à Bruxelles. Le ministre français a précisé :

Nous avons partagé nos inquiétudes sur la proposition de la Commission de passer d'un engagement unilatéral de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 20 à 30%.

Et Rainer Brüderie a aussitôt repris :

Nous avons la même analyse. Nous sommes d'avis qu'après l'échec du sommet de Copenhague, nous devons nous laisser un peu plus de temps pour les processus d'adaptation.

Les deux pays estiment donc qu'il est trop tôt pour prendre une telle décision. C'est aussi l'avis des patrons européens qui, par l'intermédiaire de leur représentation à Bruxelles, Business Europe, ont adressé un texte dans ce sens au président de la Commission Européenne, José Manuel Barroso.

Par contre, le gouvernement britannique, par une déclaration de Chris Huhne, secrétaire d'état à l'énergie, a pris position en faveur de la proposition de la commissaire européenne chargée du climat :

Nous allons plaider pour porter l'effort de réduction de l'UE à 30%.

Les organisations écologistes comme Greenpeace et WWF lui ont emboîté le pas et ont relayé cet appel en faveur d'une réduction plus importante des gaz à effet de serre.

La communication présentée par Mme Hedegaard doit être discutée par les ministres de l'environnement de l'Union Européenne le 11 juin à Luxembourg, et des conclusions doivent être préparées pour le prochain sommet européen des 17 et 18 juin à Bruxelles : il s'agit donc d'une affaire à suivre.

Conie Hedegaard au congres des ENR en janvier 2010

Conie Hedegaard au congrès des ENR en janvier 2010

Sources : AFP, Actu-Orange

L'utilisation de la biomasse précisée par la Commission Européenne

Vendredi 5 mars 2010

La Commission européenne a adopté le 25/02/2010 un rapport  « sur les exigences de durabilité concernant l'utilisation de sources de biomasse solide et gazeuse pour l'électricité, le chauffage et le refroidissement. » Celui-ci a fait d’autre part l’objet d’un communiqué de presse le même jour.

Après avoir défini et recensé les sources de biomasse, ce rapport comporte quatre recommandations pour les états membres, mais ne voit pas l’utilité d’une loi supplémentaire au niveau européen. Il précise cependant que le point sera fait de nouveau dans 18 mois. Ce rapport concerne « les exigences applicables à un régime en matière d’utilisation durable de la biomasse en dehors des biocarburants et des bioliquides » (ceux-ci ont fait l’objet de la directive sur les sources d’énergie renouvelables en 2009).

Qu’est-ce que la biomasse ?

sources de biomasse

source : econov.blogspot.com

D’une manière générale, la biomasse peut être composée de diverses matières premières organiques d’origine végétale comme le bois, les cultures spécifiques, le recyclage des déchets agricoles, industriels ou ménagers. Elle est source de chaleur et d’électricité ou de biocarburants.

En Europe, selon le rapport, elle est composée de résidus agricoles (paille, maïs, blé…), de sylviculture (souches, feuilles, branches mais aussi copeaux et sciure) et de déchets organiques (déchets municipaux solides, boue d’épuration…). La plus grosse partie de la biomasse solide se présente sous forme de granulés, généralement composés de résidus forestiers.

Ils ne sont donc pas produits spécifiquement pour le secteur de l’énergie, mais résultent d’activités qui auraient lieu de toute façon.

Vis-à-vis des gaz à effet de serre, la biomasse a un bilan neutre : les végétaux restituent le carbone stocké durant leur croissance lorsqu’ils sont exploités à des fins énergétiques.

Mais le stockage et l’exploitation de la biomasse posent des problèmes de logistique et le coût de l'énergie produite est très élevée.

Exploitation de la biomasse

Il s’agit en fait de la quatrième ressource énergétique exploitée à l’échelle mondiale. Mais en Europe, la bioénergie représente actuellement 5 % seulement de la consommation finale d’énergie. Certains pays sont cependant très en avance : l’Autriche, la Finlande et la Suède. L’objectif serait d’arriver à 20 % en 2020.

Mais les pays de l'’Union Européenne se fournissent en biomasse en partie parmi les états membres, mais importent aussi de pays tiers qui la produisent parfois selon des méthodes non durables. Le rapport souligne d’ailleurs que, si en Europe et en Amérique du Nord, les forêts se développent, au niveau mondial, par contre, le déboisement continue, contre tout principe de gestion durable. Des régimes de certification de gestion durable des forêts ont été mis en place : au niveau mondial, seulement 8 % des forêts sont certifiées contre 45 % dans l’Union Européenne.

biomasse

source : gentileschi.it

Les recommandations

Le communiqué de presse présente ainsi les critères de viabilité environnementale pour les états membres de l’UE « désireux d’introduire un régime national en vue d’éviter les entraves au fonctionnement du marché intérieur de la biomasse » :

a) une interdiction générale d’utiliser la biomasse issue de terres prises sur la forêt, de zones renfermant un important stock de carbone et de zones riches en biodiversité;

b) une méthode commune de calcul des émissions de gaz à effet de serre qui pourrait être utilisée afin que la biomasse permette d’éviter au minimum 35 % d’émissions de gaz à effet de serre (ce chiffre devant atteindre 50 % en 2017 et 60 % en 2018 pour les installations nouvelles), par comparaison avec la répartition des énergies produites à partir de sources fossiles dans l’UE;

c) la différenciation des régimes de soutien nationaux en faveur des installations qui ont des rendements élevés de conversion énergétique; et

d) le contrôle de l’origine de la biomasse.

Le critère c vise en particulier à favoriser les installations de cogénération à hauts rendements et le critère d à éviter l’importation d’une biomasse produite dans des pays peu respectueux de l’environnement.

Il est en outre conseillé de ne pas appliquer les critères de viabilité environnementale aux déchets, étant donné que ceux-ci doivent déjà respecter les règles environnementales édictées en vertu de la législation relative aux déchets nationale et européenne.

Liberté surveillée

Une analyse d’impact est jointe au rapport : elle montre que des critères contraignants généreraient des coûts importants pour les acteurs économiques en Europe. Le rapport rappelle enfin que le secteur de la biomasse est morcelé et recouvre une multitude de petits utilisateurs : les régimes de durabilité doivent surtout être appliqués aux grands producteurs (puissance thermique ou électrique de 1 mégawatt au moins).

Chaque état reste donc libre de mettre en place son propre système pour la biomasse solide et gazeuse destinée à la production d’électricité, de chaleur ou de refroidissement. Mais le communiqué de presse précise encore :

Conformément à la directive sur les énergies renouvelables, les États membres doivent communiquer leur plan d’action national en matière d’énergies renouvelables pour juin 2010. Ces plans seront un outil indispensable pour définir les ambitions de l’UE en matière d’exploitation de son potentiel de biomasse, que ce soit dans le secteur de l’électricité, du chauffage ou des transports. Après avoir reçu ces plans et analysé les régimes nationaux en cours d’élaboration, la Commission réfléchira, en 2011, à l’opportunité de mesures supplémentaires telles que des critères de viabilité environnementale communs à toute l'UE.

Sources : Rapport de la Commission Européenne, communiqué de presse