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Hausse des prix de l’électricité : ce n’est pas terminé…

Comment expliquer l'augmentation des prix de l'électricité ? Et comment y remédier ? Réponses dans cet article.

L’hiver approche. Une période de l’année généralement riche en articles pour nous inciter à mieux (moins) consommer.  

Et c’est finalement logique : il s’agit de la période qui pèse le plus dans le budget énergétique de nombreux ménages et entreprises. 

La raison ?  

Le démarrage du chauffage évidemment. Même s’il ne fonctionne que quelques mois dans l’année, il représente tout de même 66 % de la consommation énergétique annuelle du secteur résidentiel et 42 % du secteur tertiaire. Cela en fait l’usage énergétique le plus énergivore dans un bâtiment. 

Conséquence : pour beaucoup de consommateurs, la période hivernale se distingue par les factures les plus élevées de l’année. Et les augmentations observées ces dernières années ne font qu’accentuer ce constat : consommer de l’électricité n’a jamais été aussi cher en France. 

Au programme de l’article : 

🕑 Temps de lecture : 7 minutes

Facture d’électricité : mais que payons-nous exactement ?

Une facture finance l’ensemble des activités

Avant de rentrer dans le vif du sujet, il nous parait utile de rappeler ce que couvrent les factures d’électricité que nous payons tous, que l’on soit des particuliers ou des professionnels. Cela permettra de mieux comprendre ensuite l’origine des évolutions des coûts. 

A travers une unique facture, on finance l’ensemble des activités nécessaires : de la production d’électricité jusqu’à son transport directement à nos prises électriques. 

Parmi ces activités, on peut trouver :  

Zoom sur les activités financées

La production de l’électricité est possible grâce aux centrales nucléaires, centrales thermiques, barrages hydroélectriques, parcs solaires et éoliens… Chaque système à son propre coût de production. 

Quant à l’acheminement de l’électricité, il s’agit de son transport entre le lieu de production et le lieu de consommation. Sur le territoire métropolitain, ce sont RTE (Réseaux de Transport d’Électricité) et Enedis qui s’en occupent. 

Enfin, les taxes et contributions permettent, entre autres, de financer le développement des énergies renouvelables, la transition énergétique ou encore d’assurer un accès équitable à l’électricité et aux mêmes tarifs à l’ensemble des consommateurs. Et ce, peu importe les difficultés d’accès au réseau électrique. 

Pour autant, il est rare de se trouver directement en contact avec un producteur ou un distributeur d’électricité et c’est là qu’intervient le fournisseur. Il joue alors le rôle d’intermédiaire. En effet, il achète l’électricité aux producteurs et la revend aux consommateurs, c’est-à-dire nous. Il existe plusieurs dizaines de fournisseurs en activité sur le territoire qu’on peut choisir en toute liberté. 

Finalement, de nombreuses composantes à financer pour une multitude d’acteurs différents mais une facturation unique qui se fait directement via le fournisseur. 

Mais très concrètement, comment se répartissent ces coûts ? 

Zoom sur les activités financées

Postes de coûts couverts par la facture d'électricité pour un client résidentiel (chiffre 2023).
Coûts couverts par la facture d'électricité pour un client résidentiel au 31 mars 2023 (Source CRE)

La moitié de la facture finance la production de l’électricité et donc dépend de l’évolution des coûts de matière première sur le marché international.  

La moitié restante se partage entre les coûts d’infrastructure de transport de l’électricité et les taxes. A noter que cette répartition est également très proche de celle d’un consommateur professionnel.

Augmentation des prix de l’électricité depuis 2006

Nous avons beaucoup parlé d’augmentation des prix des énergies ces deux dernières années tout particulièrement. Pour autant, cela fait bien plus longtemps que les coûts augmentent inlassablement : depuis 2006 exactement !

Un exemple concret

Reprenons un exemple utilisé régulièrement dans les différentes publications de la CRE* : un ménage chauffé à l’électricité et ayant une consommation annuelle de 8 500 kWh.

* La Commission de Régulation de l’Energie est l’organisme veillant au bon fonctionnement des marchés de l’électricité et du gaz en France.

Imaginons que la consommation de leur logement et leurs usages de l’énergie n’aient pas évolué entre 2006 et 2023. Quel aurait été le budget énergie de ce ménage ? 

Au tarif règlementé de vente d’électricité (tarif bleu) en 2006, la facture annuelle d’électricité serait en dessous de la barre des 1 000 € (971 € TTC exactement).  

En 2023, avec une consommation identique, ce ménage dépasserait la barre des 2000 € TTC. Ainsi, le budget a plus que doublé en moins de 20 ans ! 

Comme expliqué plus haut, cette augmentation n’a pas eu lieu uniquement sur les deux dernières années. Mais sur l’ensemble de la période à des intensités très diverses et tout particulièrement depuis 2013 ! 

Evolution de la facture annuelle d’électricité d’un ménage consommant 8 500 kWh d’électricité annuellement.
Evolution de la facture annuelle d’électricité d’un ménage consommant 8 500 kWh d’électricité chaque année (graphe composé à partir des données de la CRE).

Zoom sur l’augmentation des prix de l’électricité

Mis à part l’année 2018, notre ménage paye chaque année plusieurs dizaines d’euros en plus par rapport à la précédente.

    • Entre l’année 2013 et 2017, 30 à 50 € TTC supplémentaire chaque année. 
    • En 2019, 107 € TTC en plus du fait de l’augmentation des coûts de matières premières sur le marché international avec de fortes répercussions sur le marché de l’électricité. 
    • En 2023, un bond de près de 440 € sur un an malgré les protections et dispositifs mis en place par le gouvernement (+ 15 % en février 2023 et + 10 % en août 2023). 

Ces chiffres sont évidemment spécifiques à notre exemple et permettent surtout de montrer une tendance générale pour tous les consommateurs (professionnels, collectivités et domestiques) : l’augmentation perpétuelle des coûts d’électricité. 

D’autant plus qu’une nouvelle augmentation des tarifs réglementés a déjà été évoquée pour février 2024 de l’ordre de 10 %, mais il faudra attendre d’observer les coûts de l’énergie sur le marché international en fin d’année pour savoir si elle va avoir effectivement lieu. 

Les augmentations vécues ont été importantes et ont été ressenties par tous. Pour autant, peut-être peut-on se rassurer en se disant que ça aurait pu être pire ? 

En effet, selon la CRE, une augmentation de plus de 40 % aurait dû avoir lieu en 2022 pour les clients résidentiels et non résidentiels. En février 2023, elle aurait dû être de plus de 100 % pour répercuter fidèlement les prix constatés sur le marché. 

Des augmentations ont bien eu lieu mais à des niveaux bien plus faibles qu’annoncés grâce à des dispositifs d’aide tel que le bouclier tarifaire. En effet, cela a permis de limiter l’augmentation à + 4 % en février 2022, + 15 % en février 2023 et + 10 % en août 2023. Toujours selon la CRE, en reprenant pour exemple notre ménage, le « bouclier tarifaire contribue à hauteur de 27 % à la baisse de la facture TTC. » 

Pourquoi les prix augmentent-ils ?

La fourniture d’électricité cache derrière elle un marché particulièrement complexe, avec de nombreux acteurs et surtout de nombreux facteurs interdépendants.  

L‘augmentation du prix de l’électricité dans les années passées et probablement à venir, s’explique de plusieurs manières :  

    • Le renouvellement du parc nucléaire. 
    • La transition énergétique et écologique. 
    • Les problématiques d’approvisionnement en énergie. 

Le renouvellement du parc nucléaire

On a vu que la production représentait près de 50 % du montant d’une facture.  

En France, ce sont les centrales nucléaires qui contribuent le plus à notre mix électrique. Or les centrales sont vieillissantes, certaines doivent être remplacées à terme, d’autres doivent voir leur vie prolongée.  

Conséquence ? Des investissements importants ont déjà eu lieu ces dernières années et doivent encore avoir lieu pour assurer le renouvellement du parc nucléaire. En effet, le développement du nucléaire est un des principaux leviers choisi par le gouvernement pour sortir des énergies fossiles et atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.

La transition écologique et énergétique

Cette transition est nécessaire et doit être financée. Plusieurs leviers existent là aussi. Certaines taxes appliquées au coût de l’électricité ont pour finalité le financement des énergies renouvelables. De plus, les plus gros fournisseurs doivent y contribuer à travers le mécanisme de CEE pour Certificats d’Économies d’Energie. Ainsi, ces coûts sont forcément répercutés sur la facture des consommateurs finaux.

Problématiques d’approvisionnement en énergie

L’approvisionnement est un sujet majeur. Nos centrales nucléaires ont besoin d’uranium pour fonctionner, nos centrales à gaz ont besoin de gaz…  

Nous sommes donc dépendants des pays producteurs de ces matières premières et donc des prix du marché. La peur d’un manque d’approvisionnement en gaz russe avec la guerre en Ukraine en est un parfait exemple. 

L’indisponibilité des centrales nucléaires de ces dernières années (en maintenance notamment), et la baisse de la production hydroélectrique française ont conduit à acheter ou produire de l’électricité avec d’autres moyens de production dont la matière première était plus volatile. Cela a fortement contribué aux augmentations vécues l’année passée.

Quelles solutions pour limiter ses coûts ?

Il est inutile d’attendre que les coûts baissent d’eux même. Cela n’arrivera probablement pas avant un moment.  

L’usage de l’électricité parait être souvent une charge inévitable avec laquelle il faut s’adapter. En réalité, il est possible de limiter la hausse de ses factures en actionnant différents leviers : 

    • Souscrire à des offres compétitives et adaptées. 
    • Agir sur sa consommation. 

Souscrire à des offres compétitives et adaptées

De nombreux fournisseurs existent et proposent diverses offres de fourniture d’électricité : tarifs indexés, coûts fixes sur 1, 2 ou 3 ans.  

Avant de se lancer, il est important de comparer les tarifs pratiqués par ces différents fournisseurs. Certaines offres sont attractives et intéressantes financièrement.  

Le médiateur de l’énergie a mis à disposition un comparateur simple d’utilisation dans ce but pour les particuliers et les professionnels dont la puissance souscrite est inférieure à 36 kVA.  

    • Pour choisir l’offre la plus intéressante, il faut s’interroger sur ses propres usages : quand est-ce que je consomme le plus ? La nuit ? Une offre heures pleines / heures creuses est peut-être intéressante dans ce cas.
    • Est-ce que la puissance souscrite est adaptée ? Plus la puissance souscrite est élevée, plus vos charges fixes sont élevées. Si elle est trop importante, vous payez inutilement chaque mois. Si elle est trop faible, vous risquez d’observer des coupures de courant ou de payer des pénalités sur votre facture.

Professionnels : nous proposons une optimisation de votre contrat d’énergie pour réaliser des économies financières. Notre prédiagnostic est offert ! 

En savoir plus

Pour vous aider, la CRE a également publié différents documents pour aider les consommateurs professionnels à mieux connaître et choisir les offres lors de la souscription ou du renouvellement de leur contrat :  

    • Un guide de bonnes pratiques pour leurs achats d’électricité et de gaz . 
    • Des références de prix publiées chaque semaine pour avoir une vision objective des tarifs pratiqués. 

Agir sur sa consommation

Une partie de votre facture dépend de votre consommation électrique. La baisser est un moyen certain de mieux maîtriser votre budget.  

On pourrait vous parler d’actions d’efficacité énergétique, telles que des travaux d’isolation du bâtiment, de changement de système de chauffage et d’actions à investissements élevés. 

Il s’agit d’actions à étudier mais ce ne sont pas les seules !  

D’autres nécessitent des investissements financiers et humains bien moins importants. Ce sont des actions de sobriété énergétique.  

Saviez-vous que c’est en moyenne 10% d’économie d’énergie avec des actions simples de sobriété ?

Contrairement à l’efficacité énergétique, la sobriété énergétique fait référence au changement de comportement. Ces actions permettent déjà de franchir un premier pas : la gestion des équipements existants (programmation du chauffage, de l’éclairage par exemple) et la sensibilisation des occupants du bâtiment peuvent déjà permettre une baisse notable des consommations d’énergie.

Un grand merci à Jérémy Herbeuval et Elena Magliaro pour cet article !