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Bois-énergie renouvelable : bien, mais…

Comme nous l’avons vu dans un article précédent, la France, comme l’Europe, encourage l’utilisation de l’énergie bois comme énergie renouvelable, et d’autant plus aujourd’hui que les dispositions du Grenelle II discutées en ce moment se révèlent plutôt négatives pour l’éolien. Certes le bois participe à la réduction des rejets de CO2 dans l’espace : son bilan, si l’on considère l’ensemble de son cycle de vie est neutre.

Dans le but de développer son utilisation, le gouvernement prévoit une augmentation des prélèvements sur les forêts françaises de 30 % d’ici 2012 et de 54 % à l’horizon 2020. Mais l’exploitation, telle qu’elle existe actuellement, des forêts permettra-t’elle d’atteindre cet objectif et d’approvisionner sans difficulté la multiplication des installations de chaufferies collectives et les autres usages de l’énergie bois ? D’autre part, si le bois a un bilan CO2 neutre, il émet en brûlant de fines particules non sans effet sur l’environnement et sur la santé.

L’approvisionnement en bois peut en effet rapidement poser des problèmes dans des forêts très morcelées et de ce fait peu gérées. Dans ces conditions, mieux vaut se poser tout de suite la question des disponibilités réelles du combustible renouvelable.

Les ressources forestières recouvrent un petit tiers du territoire français. La superficie des espaces boisés a presque doublé en deux siècles et leur croissance moyenne est de 1 % par an. Mais les trois quarts de la forêt française appartiennent à des propriétaires privés et se trouvent très morcelés (70 % des parcelles font moins d’un hectare) notamment du fait des mutations par héritage  qui ont peu à peu diminué la taille des propriétés.

Foret française superficie

Ce morcellement en lui-même représente un problème car des enclaves peuvent gêner l’exploitation d’autres parcelles. Et moins de la moitié de la forêt est gérée durablement, c’est à dire de manière à ce que les prélèvements soient moins importants que la production naturelle ou les replantations.

Si les forêts publiques domaniales (1,8 million d’hectares) et communales (2,8 millions d’hectares) sont gérées par l’Office Nationale des Forêts (ONF), il n’en va pas de même de la forêt privée sous-exploitée. D’autant que l’on constate que l’exploitation de parcelles de moins de 4 hectares est d’une rentabilité aléatoire. Sur les 15,5 millions d’hectares que compte la forêt française, plus de 10 millions sont répartis entre 3,5 millions de propriétaires forestiers privés.

Difficile dans ces conditions de mobiliser de petits propriétaires : la moitié se contente d’exploiter leur potentiel pour leurs besoins personnels en bois de chauffage. Une étude récente du CREDOC montre que ces propriétaires sont très attachés à leurs parcelles, mais peu motivés par leur exploitation commerciale : 5 % seulement de ceux qui possèdent plus d’un hectare seraient intéressés par une exploitation mise sur le marché. Même l’intérêt financier ne mobilise que 10 % d’entre eux.

Or, la demande des chaufferies et des unités de cogénération sera multipliée par 7 à 9 entre 2010 et 2011. Ce qui soulève des interrogations sur les délais de structuration des filières d’approvisionnement  pour répondre à une telle augmentation de la demande (main d’œuvre, matériel et logistique).

Les ressources sont donc en théorie disponibles (le prélèvement annuel est de 65 millions de m3, l’accroissement biologique de 136 millions), mais pas forcément mobilisées : elles demanderaient un soutien du gouvernement pour l’animation et la mobilisation des propriétaires (notamment pour la gestion durable de leurs parcelles et pour la production et la mise sur le marché de bois sous forme de plaquettes forestières), la création de dessertes, d’exploitations par câbles, l’aménagement de dépôts, ainsi que des incitations financières pour les entreprises d’exploitation et de travaux forestiers.

Nous avons vu que l’énergie bois est bien positionnée en matière de bilan effet de serre, mais elle l’est moins pour d’autres indicateurs environnementaux. Elle est même relativement préjudiciable en matière de pollution de l’air, de l’eau et du sol.

D’une part, il faut quand même noter que les chaufferies bois sont approvisionnées en combustibles exclusivement par des camions (ils arrivent pleins, mais repartent à vide), et l’on sait l’impact des transports sur les émissions de gaz à effet de serre.

D’autre part, en ce qui concerne la pollution de l’air,  la combustion du bois émet entre autres des oxydes d’azote et de souffre (justement responsable des pluies acides qui, avec les tempêtes, la canicule et les incendies représentent une menace pour la forêt). Des procédés optimisés permettent une moindre émission, mais le traitement des gaz de combustion doit être envisagé.

La combustion du bois émet aussi des métaux toxiques (cuivre, chrome, zinc, etc) dans l’air et dans le sol. Les métaux contenus dans les cendres lors de l’épandage agricole sont les principaux facteurs d’impact.

D’autre part, selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), les fines particules dues à la combustion du bois peuvent être dommageables pour la santé notamment pour les jeunes enfants, les seniors et les asthmatiques. Or, le chauffage au bois représente déjà 39 % des émissions françaises de particules fines. Ces substances gazeuses et ces particules peuvent provoquer différents malaises : irritation des yeux ou des voies respiratoires, maux de tête… De plus, des appareils de combustion de bois mal réglés peuvent nuire à la qualité de l’air des habitations si une partie des gaz et des particules revient à l’intérieur. Cela dépend aussi du type de combustible, de la qualité du bois qui y est brûlé et de son taux d’humidité.

L’utilisation du bois comme combustible nécessite donc des précautions, certainement prises dans les chaufferies collectives modernes, mais beaucoup moins par les particuliers qui utilisent souvent des cheminées ou des poêles à bois d’anciens modèles.

Il faut enfin garder à l’esprit que si le bois fait partie des énergies renouvelables, il n’en est pas pour autant inépuisable (exemples : les dernières tempêtes et catastrophes naturelles en date, la déforestation, les impacts du changement climatique…). D’où l’importance de miser aussi sur le soleil et sur le vent, ce qui semble un peu s’éloigner des préoccupations actuelles de certains de nos représentants.

Sources : étude Ecoco2/bilanCO2 , l’Esprit Village, Les Echos

Intéressé(e) pour aller plus loin ? Contactez-nous sur le site bilanCO2.com.

Cet article a été écrit par : 

Claudine d'EcoCO2

Claudine est notre écrivaine historique. Elle écrit pour Eco CO2 depuis 2010 et vous apporte toute l'actualité de la transition écologique.

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5 réponses sur “Bois-énergie renouvelable : bien, mais…”

  1. Aucun doute, mieux vaut continuer de consommer des énergies fossiles qui elles, ne viennent pas par camion sur de longues distances ne repartent pas à vide, sont parfaitement inoffensives pour la santé publique (tout particulièrement le charbon ou le fuel, energies vertes s’il en est). Désolé le monde parfait n’existe pas. Mais si on peut l’améliorer de façon très sensible comme c’est le cas avec la biomasse, bien sur jusqu’à un certain point, pourquoi se « tirer une balle » dans le pied en contestant tout par avance. La gestion durable des forêts existe aussi en forêt privée où des modes de regroupements se developpent et ont fait leur preuve à la fois dans la gestion durable des forêts et dans le regroupement des petits propriétaires forestiers. Les coopératives forestières peuvent répondre à une grande partie des problèmes que vous posez. Encore faudrait il les aider à assumer cette véritable mission de service publique.

  2. Pour réagir sur votre commentaire: nous sommes bien d’accord avec vous, Aladin. Certes il est vital de se détourner des énergies fossiles et déployer les énergies renouvelables MAIS pas à n’importe quel prix. Pourquoi vouloir exploiter une ressource qui absorbe du CO2 (ce qu’on appelle un puits de carbone, au même titre que les océans) alors que, d’une part, nous avons besoin de réduire les émissions de CO2 et, d’autre part, il existe d’autres alternatives (photovoltaïque, éolien) tout aussi efficace. Cet article a pour ambition, si modeste soit-elle, d’informer voir d’alerter.
    On peut citer le cas des agro-carburants…présentés au début de son exploitation comme la panacée hors maintenant avec du recul on constate les effets indésirables (déforestation, agriculture non alimentaire, renforcement du déséquilibre Nor/Sud…). Il s’agit d’éviter de refaire la même erreur.
    De plus, les conséquences du changement climatique commencent déjà à se faire sentir sur l’évolution des forêts
    et ont déjà été constatés aujourd’hui en Bretagne, au Canada, par exemple (stress hydrique, canicules, recrudescence d’insectes/de maladies, mortalité et évolution des essences, etc.). Sans compter les aléas naturels non maîtrisés et difficilement maîtrisables tels que les tempêtes, les incendies…
    En conclusion, il s’agit de ne pas aggraver le phénomène. Par contre, une exploitation locale, gérée durablement pour répondre aux besoins régionaux est tout à fait souhaitable.

  3. Je suis d’accord avec vous, le bois est un mode de chauffage plus propre et plus respectueux de notre environnement, cependant avons nous les ressources nécessaires pour permettre la démocratisation de ce mode de chauffage?.. Je n’en suis pas vraiment sure..

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