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Canicule en France : un fardeau économique méconnu

Le coût économique de la canicule en France est encore peu médiatisé.

Quel est le coût économique de la canicule en France et dans le monde ? Le sujet passe souvent sous les radars médiatiques. Pourtant, prendre la pleine mesure du problème peut être un puissant levier de passage à l’action notamment pour les décideurs politiques et les entreprises face aux risques climatiques.

Différences entre “pic de chaleur”, “vague de chaleur” et “canicule”

Avant de rentrer dans le vif du sujet, rappelons quelques définitions pour bien comprendre de quoi nous parlons. 

Pic de chaleur

Selon Météo France, les pics de chaleur sont des épisodes de courte durée pendant lesquels les températures sont très au-dessus des normales de saison. Ces épisodes durent en général entre 24h et 48h. Les pics de chaleur peuvent être assez localisés, concerner un ou plusieurs départements, ou s’étendre à une partie de l’hexagone. 

Vague de chaleur

Cela désigne un épisode durant lequel les températures sont nettement plus élevées que les normales de saison. Pour répondre aux critères d’une vague de chaleur, l’indicateur thermique national doit être supérieur ou égal à 25,3°C pendant 1 jour ; et supérieur ou égal à 23,4°C pendant au moins 3 jours. Il faut savoir que cet indicateur est une température moyenne calculée sur la base de 30 stations. Les niveaux de température et la durée de l’épisode qui permettent de le caractériser varient donc selon les régions. 

Canicule

Une canicule est un épisode durant lequel les températures sont élevées de jour comme de nuit, et ce pendant minimum 3 jours consécutifs. La canicule correspond à des seuils de température et de durée clairement définis, et qui sont variables selon les départements. Météo France donne un exemple : « A Toulouse, on parlera de canicule quand, durant 3 jours et 3 nuits, les températures maximales seront supérieures à 36°C et les températures minimales supérieures à 21°C. »   

Canicule en France : un phénomène qui s’intensifie

Les auteurs scientifiques du dernier rapport du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) sont sans équivoque : les activités humaines sont responsables du réchauffement climatique. Cela rend les phénomènes météorologiques extrêmes plus fréquents et plus intenses. 

"La canicule n’est plus un événement météorologique exceptionnel. Ces 10 dernières années, la récurrence des épisodes de canicule, leur intensification et l’augmentation des pics de températures nous l’ont montré."

Pour confirmer cela, nous pouvons aussi nous baser sur les données de Météo France. Le graphe ci-après met en avant l’évolution des records froids et chauds sur la période qui va de 1947 à 2018.  

Évolution des records chauds et froids sur la période 1947-2018 - Météo France
Évolution des records chauds et froids sur la période 1947-2018 - Météo France

Ce graphe est basé sur des températures moyennes quotidiennes (moyenne de 30 stations en France). Chaque année, on comptabilise le nombre de records quotidiens chauds ou froids. 

Dans un climat stationnaire – lorsque les conditions atmosphériques ne changent pas – le nombre de records chauds et froids devraient être équivalents. Or, ce n’est pas le cas :  

    • Depuis le milieu des années 80, les records chauds sont systématiquement plus nombreux que les records froids. 
    • Depuis le début du 21ème siècle, il y a en moyenne deux fois plus de records chauds que la normale mais quatre fois moins de records froids. 

Un fardeau économique et sociétal invisible

EN BREF 🔎
 
Canicule en France et dans le monde : pourquoi les pertes économiques sont-elles importantes ? 

    • Un taux de mortalité plus élevé  
    • Une restriction de l’activité (ou perte de bien-être) 
    • Une augmentation du stress thermique, et donc une perte de productivité 
    • Une activité agricole particulièrement impactée  
    • Une activité touristique également impactée (tempêtes, pertes de plages et de récifs…) 
    • Mais aussi des infrastructures (routes, rails…) qui fondent, ce qui bloque le transport

En France, 37 milliards € de pertes économiques dues aux canicules entre 2015 et 2020

Lorsque l’on parle des canicules, il y a un sujet qui passe souvent sous les radars médiatiques : celui des pertes sociales et économiques engendrées par les épisodes d’extrême chaleur. 

Une étude datant de juillet 2021 et réalisée par 3 chercheurs de Santé publique France et du CNRS nous éclaire sur ce sujet. Il s’agit de l’étude « évaluation monétaire des effets sanitaires des canicules en France métropolitaine entre 2015 et 2020″.

D’un point de vue économique, la mortalité pèse le plus lourd devant la perte de bien-être

Durant cette période, les impacts sanitaires étudiés représentent au total autour de 22 ou de 37 milliards €. Pourquoi une telle différence ? Cela dépend de la méthode de calcul choisie. Les pertes sont estimées à 22 milliards d’euros lorsque la mortalité en excès est exprimée en années de vie perdues. Elle est de 37 milliards quand la mortalité est exprimée cette fois à partir des décès en excès. La mortalité est la conséquence qui pèse le plus lourd dans la balance.  

Évaluation économique moyenne par habitant des impacts sanitaires des canicules de 2015 à 2020 en France métropolitaine, par département

L’impact économique lié à la restriction d’activité (ou perte de bien-être)

Autre conséquence dont l’impact est évalué à 6 milliards d’euros : la restriction d’activité. Toutefois, la perte de bien-être n’est calculée qu’en 2019 et 2020, seules années à avoir connu des vigilances rouges. 

Il est important de noter que cette étude a des limites. Cette analyse n’examine qu’une partie des impacts des canicules en France. En effet, elle se focalise uniquement sur les événements les plus importants. En outre, elle s’appuie sur les données sanitaires et monétaires disponibles. Autrement dit, les impacts sont sous-estimés, la littérature scientifique ayant mis en évidence de nombreux effets délétères de la chaleur, en matière de recours aux soins, d’effets sur la santé au travail, sur la santé mentale, ou encore périnatale. De même, les impacts économiques en matière de productivité et de temps de travail ne sont pas pris en compte. 

Sur ce dernier point, nous pouvons nous référer à une autre étude, réalisée cette fois au niveau mondial. 

A l’avenir, le stress thermique pourrait provoquer une très importante perte de productivité au niveau mondial

80 millions d’emplois à temps plein perdus d’ici 2030

Le stress thermique est un phénomène qui survient lorsque le corps est confronté à une chaleur supérieure à ce qu’il peut tolérer sans subir de dommage physiologique. En général, il intervient lors de températures supérieures à 35 °C, avec un fort taux d’humidité. 

Risque important pour la santé des travailleurs, la chaleur en excès réduit leurs capacités physiques et donc leur productivité. Dans des cas extrêmes, elle peut provoquer un coup de chaleur, qui peut être fatal. 

Avec le changement climatique, le stress thermique est de plus en plus fréquent. L’Organisation internationale du Travail (OIT) estime que cette augmentation devrait conduire à des pertes très importantes de productivité. Au niveau mondial, ces pertes sont estimées à 80 millions d’emplois à temps plein d’ici moins de 10 ans (2030) ! Cela correspond à des pertes économiques de 2 400 milliards de dollars. 

"Vous devez savoir quels sont les coûts liés aux canicules, pour avoir un cadre de référence auquel comparer le coût de l'action."

Le secteur de l’agriculture et de la construction en première ligne de mire

Selon le rapport de l’OIT, l’agriculture est le secteur qui devrait être le plus fortement touché. Aujourd’hui, ce secteur emploie 940 millions de personnes au niveau mondial. Au total, l’étude estime que 60% des heures de travail seront perdues pour le secteur agricole d’ici 2030.  

Pour ce qui est du secteur de la construction, 19% des heures de travail seront perdues. D’autres secteurs seront également impactés : les biens et les services environnementaux, le ramassage des ordures, les services d’urgence, les travaux de réparation, le transport, le tourisme, le sport et certains types de travaux industriels. 

Il est intéressant de noter les impacts pour le secteur du tourisme. En effet, bon nombre de régions françaises dépendent fortement de l’activité touristique. Les élus et décideurs politiques doivent être conscients du coût de l’inaction, afin de prendre la pleine mesure du problème et passer à l’action. Pour le secteur touristique, rappelons l’alerte des auteurs du GIEC : “Le réchauffement planétaire nuit déjà au tourisme et sa progression jusqu’à 1,5 °C aggraverait les risques qui pèsent sur les activités touristiques saisonnières et sur des régions précises”. Chaleurs extrêmes, tempêtes, disparition des plages et des récifs coralliens sont autant de conséquences du réchauffement qui nuisent déjà et nuiront à l’activité touristique.  

Des estimations plutôt prudentes...

A noter que les projections du rapport de l’OIT sont établies sur la base d’une hausse de la température mondiale de 1,5 °C d’ici à la fin de ce siècle. Or, limiter la hausse à +1,5°C est « hors de portée » selon certains scientifiques, qui plaident pour l’objectif plus réaliste de +2 °C. Les estimations de l’étude sont donc prudentes. 

Malgré les limites de cette étude, il est important de calculer l’impact économique afin de comparer le coût de l’inaction à celui de l’action, des solutions d’adaptation et d’atténuation au dérèglement climatique. 

Comment faire face aux canicules en France ?

Il existe de nombreuses solutions pour s’adapter aux canicules, et réduire nos émissions de gaz à effet de serre, responsables du réchauffement climatique. Celles-ci peuvent être fondées sur la nature, concernées les infrastructures ou encore le comportement des citoyens. La liste qu’on vous présente ici est avant tout une source d’inspiration ! Il n’y a pas de solutions miracle : il est important d’associer toutes les parties prenantes. Cela permet en effet de définir correctement la problématique et identifier les bonnes solutions, en fonction du contexte.  

“Nous ne pourrons pas prévenir la totalité des conséquences, mais nous pourrons tout de même les réduire significativement grâce à l’adaptation.”

Quelques idées de solutions fondées sur la nature

En bref 🌱

    • Les parcs  
    • Les arbres isolés 
    • Les toitures végétales  
    • Les murs végétalisés…

Les parcs créent des oasis de fraîcheur. Plus ils sont arborés, avec des arbres au feuillage dense, plus ils permettent de rafraîchir l’environnement. A ce propos, l’Ademe  donne des exemples assez parlants : dans la ville suédoise de Göteborg, il a été mesuré une différence de température de presque 6°C entre un parc et les environs ! A mexico, l’effet de rafraîchissement d’un des parcs a été observé sur une distance de 2 km.  

Si les parcs sont de véritables concentrés de végétation, les arbres isolés, en bordure de route par exemple, peuvent aussi contribuer à apporter un peu de fraîcheur (diminution de la température de 2 à 3°C). Cela est possible grâce à l’évapotranspiration et l’ombrage. La prochaine fois que vous vous baladez, prêtez attention à la différence de température entre une route sans ombrage et une route arborée 😉   

Les toitures végétales ont le double intérêt d’améliorer le confort des usagers et de réduire ainsi leur besoin en matière de climatisation. La climatisation est à la fois énergivore et extrêmement polluante. En outre, elle favorise les îlots de chaleur urbains comme expliqué par le chercheur Vincent Viguié“la climatisation rejette de l’air chaud à l’extérieur, augmentant les températures et aggravant les canicules pour les personnes qui ne peuvent ou ne veulent pas utiliser de climatisation”. C’est tout le paradoxe de la climatisation… et un bel exemple de maladaptation* ! Cependant, lorsque la climatisation est indispensable, il vaut mieux recourir à des systèmes qui ne rejettent pas d’air chaud. C’est le cas par exemple du réseau de froid de la ville de Toronto qui utilise la « fraîcheur » de l’eau du lac Ontario pour rafraîchir les bâtiments de la ville.

Les murs végétalisés sont une option intéressante pour protéger les bâtiments du soleil. Ils ont pour effet de réduire la température de surface des murs. Ainsi, la température de l’air à proximité des murs (moins de 1m) est fortement réduite.  

*Maladaptation 👉 « La maladaptation est le résultat d’une politique ou d’une mesure d’adaptation intentionnelle, qui augmente directement la vulnérabilité des acteurs ciblés et/ou d’autres acteurs, et/ou qui érode les conditions nécessaires à un développement durable ». Source : Redefining maladaptation 

Quelques idées de solutions qui concernent les infrastructures

En bref 🏡

    • Le revêtement à albédo élevé (fort pouvoir réfléchissant)  
    • Les fontaines  
    • Les brumisations 
    • La forme urbaine

Une première solution efficace pour le confort au sein des bâtiments est le revêtement à albédo élevé, c’est-à-dire qui a un fort pouvoir réfléchissant, en général de couleur claire. L’entreprise coolroof en a d’ailleurs fait son cœur de métier. C’est une solution ancestrale dans de nombreux pays chauds. A Athènes, le sol est passé d’un revêtement foncé asphalté à un revêtement blanc. La température a ainsi été réduite de 4 °C. 

Les fontaines et les brumisations aident à diminuer localement la température. Cela permet de baisser de 1 °C (fontaine) et 4 °C (brumisation), selon l’Ademe qui précise alors : “plus les gouttelettes d’eau sont fines, plus les systèmes sont efficaces d’autant plus s’ils bénéficient d’une brise légère et constante.”. Néanmoins, dans un contexte où l’eau est une ressource rare, il faut être prudent avec ce type de solution.  

Au-delà des solutions localisées, c’est plus généralement la forme urbaine qu’il faut parfois repenser afin de créer de l’ombrage pendant la journée, et favoriser la circulation du vent. Les villes méditerranéennes sont souvent de bons exemples ! Leurs rues étroites permettent de conserver de la fraîcheur même durant les plus chaudes journées.  

Quelques idées de solutions basées sur le comportement

En bref 👍

    • Les gestes préventifs en cas de forte chaleur 
    • Les écogestes liés à la climatisation  
    • L’ écoconduite pour réduire nos émissions de GES 
    • La mobilité douce

Pour faire face aux canicules, il est important de rappeler aux citoyens les gestes préventifs : boire plus d’eau et plus régulièrement, éviter les activités à l’extérieur, se couvrir la peau et la tête, créer des courants d’air chez soi notamment aux heures les plus fraîches… 

Une autre solution est de sensibiliser les citoyens aux écogestes et actions bas-carbone. Cela permet de minimiser notre impact sur l’environnement en réduisant le rejet de gaz à effet de serre. Nous sommes donc là plutôt sur des solutions d’atténuation au changement climatique. Toutefois, ces solutions sont complémentaires des mesures d’adaptation… deux batailles à mener de front ! Les citoyens peuvent d’abord être sensibilisés aux bonnes pratiques concernant l’utilisation de la climatisation qui doit être raisonnée : ne pas climatiser en dessous de 26°C, éviter les grands écarts de température entre l’intérieur et l’extérieur, etc.  

Toujours sur la partie sensibilisation, il y a également ce qui concerne le transport. En France, c’est le secteur le plus émetteur. Il est donc nécessaire de 1) réduire l’utilisation du transport très carboné (comme la voiture individuelle ou encore les poids lourds par exemple) ; 2) adopter au maximum une conduite douce (ou écoconduite) lorsqu’on n’est obligé de prendre sa voiture. Les collectivités ont un rôle clé à jouer dans l’évolution des pratiques notamment en encourageant les habitants à privilégier les transports en commun et le vélo… mais aussi en développant l’infrastructure nécessaire pour faciliter une mobilité douce ! Rien ne sert de sensibiliser si, par exemple, les itinéraires à vélo sont peu sécurisés et que les usagers craignent pour leur sécurité.