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Chauffage au Japon : entre enjeux climatiques et sanitaires

Au Japon, traditionnellement, on chauffe peu les logements, pourtant généralement mal isolés, même dans le neuf. On pourrait penser que cela cadre avec les objectifs du pays de réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Mais en plus de cet enjeu climatique, le pays doit compter avec un enjeu sanitaire : on estime à 10 000 par an les décès causés par le froid dans la maison. Dans les deux cas, la solution passe par une meilleure isolation de la maison.

Chauffage au Japon

Pas de chauffage central

Les Japonais veulent des maisons où ils puissent vivre confortablement l’été, extrêmement chaud et humide. Elles ont donc un grand toit et une bonne circulation d’air qui refroidit l’atmosphère et évite la formation les moisissures. Mais les foyers japonais n’ont généralement pas de chauffage central, et même pas de double-vitrage, même dans les constructions récentes.

« L’hiver en revanche, on a froid, car l’isolation est très mauvaise et qu’on ne chauffe que par petites touches« , précise Taiji Imaizumi, architecte en banlieue de Tokyo et président de l’association Japan Energy Pass. « Historiquement, on ne construisait pas en pierre comme en Europe, à cause des tremblements de terre. Puis, pendant la Seconde Guerre mondiale, une grande partie des maisons ont été détruites, et après il a fallu reconstruire rapidement. Jusqu’ici, en dehors des temples, on n’avait jamais vraiment eu l’occasion de construire des bâtiments prévus pour durer. »

En effet, pendant la saison froide, au Japon, on se regroupe dans une pièce que l’on chauffe et on éteint le chauffage pour la nuit. Pour combler le manque de chauffage central, on utilise des climatiseurs individuels qui servent pour le chauffage en hiver et le refroidissement en été, ou un chauffage d’appoint. Le budget chauffage des Japonais représente 20 % de leurs dépenses énergétiques, contre 60 % pour les Français.

10 000 morts par an à cause du froid dans la maison

Avant de se mettre au lit, on prend habituellement au Japon un bain brûlant pour se réchauffer le corps. L’eau chaude, en revanche, représente 14 % des dépenses énergétiques des foyers japonais, soit deux fois plus qu’en France. La température moyenne d’une habitation japonaise serait de 14°au coucher et de 9° au lever.

« On pourrait se dire que l’isolation n’est pas une priorité pour économiser l’énergie puisque de toute façon les gens chauffent peu. Mais c’est une erreur« , note Masayuki Mae, maître de conférences à la faculté d’architecture de l’Université de Tokyo. « On sait maintenant qu’une température trop faible dans la maison a des conséquences graves sur la santé. Le choc thermique ressenti quand on quitte son salon à 22°C pour aller aux toilettes où il fait 10°C peut provoquer des infarctus.« .

Le gouvernement japonais recommande donc d’allumer le chauffage plus souvent et plus longtemps. Mais, pour ne pas faire exploser les dépenses énergétiques, autant que pour respecter les objectifs climatiques, il faut que cela s’accompagne d’une meilleure isolation.

Des normes peu exigeantes et facultatives

Il existe des normes d’isolation thermique au Japon, d’un niveau cependant faible, mais elles ne sont pas obligatoires, sauf pour les grands bâtiments non-résidentiels. 60 % des habitations résidentielles nouvellement construites ne les respectent pas. Le gouvernement japonais voudrait les rendre obligatoires pour les habitations. Mais il n’est pas sûr qu’il y réussisse. D’autant que les constructeurs connaissent très mal ces normes et que le grand nombre de constructions (600 000 par an environ) rend difficiles les contrôles.

« Le risque est que si vous achetez une maison même après 2020, elle soit très mal isolée« , s’inquiète Masayuki Mae. « Il y a de grandes disparités entre les constructeurs, dont certains font de gros efforts pour réduire la consommation énergétique mais d’autres sont de très mauvais élèves. »

Le gouvernement craint donc de mécontenter les petits constructeurs, malgré le niveau faible de ces standards : du double-vitrage sur les fenêtres, 9 cm d’isolation sur les murs (contre 14 à 18 en France) et 15 cm sous le toit (contre 20 à 30 cm en France). La date de cette obligation n’est même pas encore évoquée. Et le Japon envisage dans un premier temps une obligation pour les constructeurs d’en expliquer l’importance aux clients.

Sources : 20 minutes, Kanpai

Cet article a été écrit par : 

Claudine d'EcoCO2

Claudine est notre écrivaine historique. Elle écrit pour Eco CO2 depuis 2010 et vous apporte toute l'actualité de la transition écologique.

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