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Double matérialité : définition, exemples et méthode

L'analyse de double matérialité permet d'anticiper les risques et opportunités de son entreprise dans le contexte climatique actuel et futur.

L’analyse de la double matérialité est un exercice obligatoire dans le cadre de la CSRD 

Option 1 : votre entreprise est soumise à cette directive européenne, et vous êtes au bon endroit pour démarrer en douceur.  

Option 2 : vous n’avez pas d’obligation mais vous avez tout intérêt à vous informer un minimum.  

Pourquoi ? Car l’analyse de la double matérialité est un outil puissant au service d’une démarche RSE solide, à même de rendre votre entreprise plus attractive et résiliente face aux nouveaux risques climatiques.  

Spoiler : ce dernier point va interpeller votre DAF et votre DG.

Mini guide pour y voir clair :

🕑 Temps de lecture : 8 minutes

Qu’est-ce qu’une analyse de double matérialité ?

Une analyse de double matérialité est un exercice qui consiste à identifier les enjeux prioritaires pour une entreprise et ses parties prenantes, qu’ils soient d’ordre économique, social ou environnemental. 

Comment ?  

En identifiant : 

    • Les impacts sociaux et environnementaux sur la performance économique de l’entreprise (ce qu’on appelle la matérialité financière). 
    • Les impacts de l’entreprise sur son environnement social et naturel (la matérialité d’impact).  

C’est donc une analyse à double sens des impacts qui peut être représentée sous forme de matrice. In fine, l’exercice permet de repérer les enjeux qui sont à la croisée des chemins : ceux qui sont importants à la fois d’un point de vue financier et en matière d’impact.

L'analyse ou matrice de double matérialité résumée en 1 image simple.
L'analyse de double matérialité peut se représenter sous forme de matrice.

Prenons un exemple concret. Le groupe Sanofi a récemment mené son analyse de double matérialité. Il y a 3 enjeux qui ressortent en particulier :  

    • Des médicaments accessibles et abordables. 
    • Des traitements innovants. 
    • Des traitements fiables et de qualités pour les patients. 

D’où ça vient ?

La notion de matérialité simple trouve son origine dans la comptabilité et le reporting financier. Il s’agit de déterminer les informations considérées comme significatives pour les parties prenantes, influençant ainsi les décisions des investisseurs.

Ce concept a évolué pour inclure les enjeux sociaux et environnementaux dans le cadre de la responsabilité sociale des entreprises (RSE) et des rapports extra-financiers.  

Et il y a fort à parier que ce concept va encore gagner en notoriété en 2024 !  

Pourquoi ?  

Parce que c’est la pierre angulaire de la CSRD, cette directive européenne qui impose un nouveau rapport RSE à certaines entreprises (voir notre guide simple sur la CSRD).  

La double matérialité est-elle requise ?

Oui, dans le cadre de la CSRD.  

Cette directive européenne impose dès 2024 un nouveau rapport RSE à certaines entreprises. Voici le calendrier des entreprises concernées :

Calendrier CSRD : les nouveaux seuils sont sortis ! Quand s'applique la directive et qui est concerné ?

Si vous ne lisez pas l’image, voici les infos :  

    • Les grandes entreprises (plus de 500 personnes) dont le CA est supérieur à 50M d’euros ou le bilan supérieur à 25M d’euros doivent reporter à partir du 1er janvier 2025 sur leurs données 2024. 
    • Ensuite, ce sont les autres grandes entreprises (plus de 250 collaborateurs) avec les mêmes seuils de CA ou de bilan qui doivent reporter en 2026 (sur les données 2025).  
    • Enfin, c’est au tour des PME cotées de plus de 10 personnes de reporter en 2027 sur leurs données 2026. 

👋 Oui, mais… 

Même si votre entreprise n’est pas concernée par la CSRD, elle le sera très probablement de manière indirecte.  

Je vous explique : vos grands donneurs d’ordres, eux, y sont soumis. Ils vont donc devoir (entre autres) prouver qu’ils ont réduit leurs émissions de gaz à effet de serre sur l’ensemble de leur chaîne de valeur. C’est la fameuse stratégie climat qu’ils doivent mettre en place dans le cadre de la CSRD. Et qui dit chaîne de valeur, dit fournisseurs et prestataires !  

Autrement dit, ces grandes entreprises vont privilégier des partenaires qui ont eux-mêmes décarboné tout ou partie de leur activité. Il va donc y avoir un effet d’entraînement sur les plus petites entreprises. 

Ainsi, la RSE a de beaux jours devant elle (et c’est tant mieux !).

Si vous avez besoin de structurer une solide démarche RSE, une matrice de double matérialité peut être un outil intéressant. 

Quelle est la différence entre matérialité simple et double matérialité ?

La matérialité simple se concentre sur les enjeux significatifs pour la performance financière de l’entreprise (matérialité financière). Quant à la double matérialité, elle intègre en plus les impacts de l’entreprise sur la société et l’environnement (matérialité d’impact en plus de la matérialité financière).  

Il y a un avantage à réaliser une analyse de double matérialité (versus simple) : c’est la première étape pour définir une stratégie d’entreprise qui allie business ET impact.  

A l’inverse, la matérialité simple omet une grande partie des impacts de l’entreprise.  

Voici un exemple : si vous réalisez une analyse de matérialité financière (matérialité simple), les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas prises en compte. En effet, ces émissions n’ont aucun impact sur la performance économique. En revanche, elles sont prises en compte dans l’analyse de double matérialité étant donné l’impact considérable sur la société et l’environnement.

Pourquoi la double matérialité est-elle importante ?

5 arguments pour convaincre la direction

L’analyse de double matérialité est importante car elle aide à prioriser les enjeux les plus importants dans le cadre d’une démarche RSE solide. 

Si vous êtes responsable RSE, vous n’avez sûrement pas besoin qu’on vous explique en quoi définir une politique RSE est primordiale.  

En revanche, vous avez peut-être besoin de convaincre votre DG ou votre DAF… 

Voici donc les 5 arguments en faveur d’une démarche RSE (et donc en faveur de l’analyse de double matérialité) :  

    • Identifier les (nouveaux) risques et opportunités pour votre entreprise 
    • Assurer la pérennité de son activité 
    • Attirer de nouveaux investisseurs 
    • Se démarquer de la concurrence  
    • Attirer et fidéliser les collaborateurs 

En réalité, c’est surtout le premier argument qui est important. Car de cet argument découlent tous les suivants.

Zoom sur l’argument #1 : la gestion des risques et des opportunités

Une analyse de double matérialité amène une entreprise à solliciter les parties prenantes pour avoir une vision à 360° de ses impacts. Cette vision systémique aide à repérer les risques pour son entreprise (ce qui devrait interpeller votre DAF et votre DG).  

Le point important ici est que dans un contexte de changement climatique, il y a de nouveaux risques à prendre en compte. Et ils ne sont pas encore bien anticipés par les entreprises !  

Voici en synthèse les nouveaux types de risques : 

    • Risques physiques : ce sont les aléas climatiques qui perturbent l’activité de l’entreprise. Exemple : augmentation de la fréquence et de l’intensité des inondations ou des sécheresses. 
    • Risques juridiques : les sanctions imposées à une entreprise considérée comme responsable des impacts sur le climat ou non conforme à la législation. Exemple : pénalités suite à la non-publication de son rapport RSE dans la cadre de la CSRD (passible de 3 750 € d’amende + injonction sous astreinte par un tiers possible + impossibilité de répondre à la commande publique). 
    • Risques réputationnels : une détérioration de l’image de marque, lorsque l’entreprise ne prend pas ses responsabilités dans le contexte climatique actuel. Exemple : baisse de confiance des consommateurs, difficulté à recruter… 
    • Risques de transition : les conséquences de la mise en place d’un modèle d’entreprise axé sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Exemple : baisse de rentabilité d’une entreprise fortement dépendante des énergies fossiles si elle transforme son modèle d’entreprise pour devenir une entreprise responsable. 

👉 Ce qu’il faut retenir : l’analyse de double matérialité permet d’anticiper de nouveaux types de risques liés au contexte climatique ; et en conséquence d’identifier de nouvelles opportunités de développement. In fine, cette analyse permet de structurer une stratégie d’entreprise solide pour rendre son entreprise résiliente et attractive dans un monde qui change vite et bouleversé par le changement climatique.  

💡Conseil : si la direction a encore du mal avec le terme “RSE”, parlez plutôt de “stratégie d’entreprise”, “croissance responsable” ou encore de “performance durable”. Utilisez des mots qui plairont à vos interlocuteurs.

Comment mener une analyse de double matérialité ?

Un principe clé : être dans une démarche d’amélioration continue

Votre entreprise est concernée par la CSRD ? Sachez que le niveau d’exigence attendu est “modéré” dans un premier temps. Dans le jargon des auditeurs, il sera ensuite “raisonnable” en 2028. En bref, on se rapproche des mêmes niveaux d’exigence que le rapport financier, mais de manière progressive.  

Certes, la CSRD s’apparente à une montagne à gravir. Allez-y étape par étape avec votre équipe. Ne visez pas la perfection : dites-vous que la première année est une phase d’expérimentation durant laquelle vous allez tirer des leçons et des axes d’amélioration pour la suite.

4 grandes étapes

Les étapes décrites ici sont celles proposées par la norme ESRS 1 de la CSRD. Nous vous proposons de vous en inspirer pour réaliser votre matrice de double matérialité : 

    • Comprendre le contexte de l’entreprise 
    • Identifier les enjeux ESG  
    • Evaluer et prioriser ces enjeux 
    • Définir votre stratégie 

🔥 Important : nous n’allons pas tergiverser. Conduire une telle analyse nécessite de faire appel à différentes compétences. C’est un travail collectif pour lequel la direction doit être impliquée. Si vous êtes convaincu(e) de l’importance du sujet, faites-en un de vos chevaux de bataille. Prenez le temps de repérer vos alliés (notamment au sein de la direction) et de leur présenter le concept, le projet et surtout les bénéfices.  

Etape #1 : comprendre le contexte de l’entreprise

Il s’agit d’une étape descriptive qui va aider à déceler les premiers enjeux ESG. 

A ce stade, vous pouvez :  

    • Définir comment votre entreprise crée de la valeur ainsi que sa raison d’être. 
    • Décrire sa chaîne de valeur et identifier ses parties prenantes. 
    • Décrire comment votre entreprise va répondre aux grands enjeux sociétaux (raréfaction des ressources, nouvelles technologies, changement climatique, urbanisation…).  

Pour ça, utilisez des méthodes d’analyse comme la méthode PESTEL, SWOT ou encore des analyses de la chaîne de valeur. 

Etape #2 : identifier les enjeux ESG

A cette étape, vous allez étoffer votre compréhension des enjeux ESG en vous appuyant sur différentes sources.  

    • Faites un état des lieux des sources internes existantes.  
    • Misez également sur des benchmarks sectoriels ou encore des sources externes (ODD, GRI, ESRS 1, ISO 26000…).  
    • Prenez le temps de dialoguer avec les différentes parties prenantes.  

Ce dernier point est essentiel. Les parties prenantes ont un angle de vue que vous n’aurez pas. 💡 Conseil : prenez le temps de lister avec votre équipe les parties prenantes pertinentes pour chaque pilier de la RSE. 

Etape #3 : évaluer et prioriser ces enjeux

Ici, vous allez faire votre analyse de double matérialité pour évaluer chaque enjeu identifié sous le prisme de la matérialité d’impact et la matérialité financière.  

L’analyse peut prendre la forme que vous souhaitez, bien que la représentation sous forme de matrice aide à la compréhension.

Etape #4 : définir votre stratégie

La finalité de cette analyse est bien de définir une stratégie pour adresser les enjeux identifiés comme prioritaires :  

    • Quels sont vos objectifs ?  
    • Quelles sont vos ressources ?  
    • Vos sources de financement ?  
    • Votre plan d’action ?  
    • Vos indicateurs pour mesurer votre performance globale (financière et extra-financière) ? 

💡 Conseil : intégrez à votre plan d’action une réévaluation périodique de votre stratégie. Cela permettra de l’adapter en fonction de l’évolution du contexte et des enjeux.

👉 Vous avez besoin de faire appel à des experts ? Nos consultants et consultantes peuvent vous accompagner dans la réalisation de cet exercice !

Quelles ressources pour approfondir le sujet ?

Les webinaires sont un bon moyen pour se former (via la plateforme webikeo par exemple).  

En outre, suivez des speakers sur les réseaux sociaux. Tapez “CSRD” ou “double matérialité” sur LinkedIn, repérez les personnes qui prennent activement la parole sur le sujet et suivez-les.  

Autre piste précieuse : votre réseau 🙏 Parmi vos clients et partenaires, il y a sûrement des entreprises qui ont déjà réalisé une analyse de double matérialité. Ou bien qui en sont au même stade que vous. Vous pouvez aussi adhérer à un pôle de compétitivité ou assister à des événements sectoriels ou thématiques. Dans tous les cas, échanger avec vos pairs sera une source d’inspiration et de motivation ! 

Enfin, pour en savoir plus sur la CSRD et ses enjeux, démarrez avec notre guide simple 

Et plus largement sur la RSE, vous pouvez vous abonner à notre blog.