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Electricité : menace de black-out nucléaire en raison de la sécheresse ?

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centrale du blayaisLa sécheresse qui a débuté très tôt cette année risque aussi d’avoir des conséquences fâcheuses sur la production d’électricité. C’est ce qu’affirme l’Observatoire du Nucléaire, organisme indépendant présidé par Stéphane Lhomme.  En effet, si cette sécheresse se prolonge, EDF risque d’être obligée d’arrêter de nombreux réacteurs nucléaires, situés en bordure de cours d’eau, faute d’un niveau d’eau suffisant pour assurer le refroidissement.

Les données enregistrées cette année montrent que dans une majeure partie du pays les précipitations sont très largement déficitaires par rapport aux normales saisonnières. Rien que pour le mois d’avril, elles n’ont pas atteint les 30 % d’un mois d’avril « normal ». Des arrêtés ont déjà été pris dans 28 départements pour limiter les usages de l’eau (interdiction d’arroser les pelouses, de remplir les piscines…) afin d’adapter les prélèvements au niveau des nappes phréatiques. Dans son dossier, l’Observatoire du nucléaire affirme :

Moins spectaculaire que la canicule, la sécheresse a pourtant potentiellement des effets encore plus importants sur le parc nucléaire. Par exemple, il faut savoir que le niveau des nappes phréatiques influe de façon non négligeable sur le débit des rivières. Celles-ci étant d’ores et déjà affectées par la sécheresse, on peut prévoir que beaucoup de centrales nucléaires vont être en très grande difficulté.

Difficultés de plusieurs sortes, qui concernent 44 réacteurs sur les 58 que compte la France, autrement dit tous ceux situés au bord d’une rivière. Les 14 autres, situés en bord de mer, devraient pouvoir être refroidis normalement. Certains des premiers (sur la Loire par exemple) vont directement être touchés par des niveaux d’eau insuffisants et devront donc être arrêtés :

EDF n’a pas envisagé le tarissement de certains fleuves. C’est hélas possible, par exemple sur la Loire, fleuve fantasque dont le débit peut varier de 2000 m3/s en hiver à quelques m3 en été… Des tarissements ponctuels sont même possibles.

D’autres (sur le Rhône par exemple où le niveau ne baisse pas autant) seront limités par le respect de l’obligation de ne pas chauffer l’eau des rivières au-dessus de 30°, afin de ne pas détruire la faune et la flore. Si l’eau atteint cette température, ils doivent aussi être mis à l’arrêt. D’autre part, les centrales rejettent des produits chimiques (zinc, phosphore, sulfates, sodium, chlorures, morpholine, cuivre, etc). En cas de débit très faible, pour ne pas causer de graves pollutions, ils doivent être stockés. Mais une fois la limite de stockage atteint, les réacteurs doivent aussi être arrêtés.

L’Observatoire souligne d’autre part que des avertissements avaient déjà eu lieu en 2003, 2005 et 2006, où le parc nucléaire avait déjà été mis en difficulté. La centrale de Fessenheim avait même dû être arrosée en 2003 en raison de la température trop élevée dans les réacteurs. Il note donc qu’au pire un accident nucléaire reste possible car les réacteurs, même arrêtés, doivent continuer à être refroidis. Et, de plus :

Mais il existe une autre cause potentielle d’accidents nucléaires : si de nombreux réacteurs situés en bord de rivière sont arrêtés, EDF aura la tentation de faire fonctionner « à flux tendu » les 14 réacteurs situés en bord de mer, et les 4 réacteurs du Blayais situés en bord d’estuaire, avec la tentation de ne pas arrêter un de ces réacteurs en cas d’incident, avec le risque que cet incident évolue vers un accident…

Le nucléaire, on le sait, émet beaucoup moins de CO2 que les centrales thermiques au pétrole ou au charbon, mais l’argument peut se retourner aussi contre :

Les pronucléaires ne manquent jamais une occasion de prétendre que, du fait de ses rejets modérés de co2, l’atome est une arme de lutte contre le changement climatique.

La réalité est exactement inverse : le changement climatique induit des évènements naturels de plus en plus violents (tempêtes, froids intenses, canicules, etc) qui mettent en danger les installations nucléaires.

Enfin, il ne faudra pas compter cette année sur l’électricité produite par l’Allemagne pour pallier ce déficit : le pays vient de mettre à l’arrêt (vraisemblablement définitif, nous en avons parlé récemment dans ces pages) sept réacteurs, les plus vieux de son parc. Alors, black-out cet été ? ou cet hiver quand les trop nombreux chauffages électriques dont la France est équipée se mettront en route ?

Sources : L’Observatoire du Nucléaire, Enerzine, Maxisciences

Cet article a été écrit par : 

Claudine d'EcoCO2

Claudine est notre écrivaine historique. Elle écrit pour Eco CO2 depuis 2010 et vous apporte toute l'actualité de la transition écologique.
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Une réponse sur “Electricité : menace de black-out nucléaire en raison de la sécheresse ?”

  1. Le problème de la source froide (rivières), nécessaire aux centrales électriques et aux machines thermiques, n’est il pas le même pour les centrales à charbon ? Auquel cas, ce n’est pas tant le nucléaire qui est en question, mais la production électrique en général (je conviens que le titre est plus accrocheur avec le mot « nucléaire »)

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