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L’affichage environnemental des produits de grande consommation

Appelé aussi plus couramment, bien qu’improprement,  « l’étiquette CO2  » (cf. notre article du 13/02/2010), l’affichage environnemental des produits de grande consommation est un des engagements du Grenelle de l’Environnement. Le ministère de l’Écologie, de l’Énergie, du Développement Durable et de la Mer (MEEDDEM) a donc chargé l’ADEME et l’AFNOR de coordonner des groupes de travail, afin d’élaborer une étiquette destinée à favoriser la consommation responsable des ménages. Celle-ci doit se mettre en place dès janvier 2011.

En quoi cela consiste-t’il ?


En effet, selon le projet de loi « Grenelle II » adopté au Sénat en octobre 2009, le consommateur devra « être informé du contenu en équivalent carbone et des autres impacts imputables au couple produit/emballage au cours de leur cycle de vie. Les modalités d’application seront définies par décret pour chaque catégorie de produits en tenant compte de la spécificité des très petites entreprises » (art.85).

Plusieurs principes ont été précisés par le projet de texte de loi :

  • l’information environnementale concernera le couple produit/emballage : elle prendra donc aussi en compte les déchets ;
  • elle résultera d’une analyse sur le cycle de vie du produit : pour un légume, par exemple, de la production à l’assiette du consommateur ;
  • l’information fournie dépendra de la catégorie du produit : impossible de traiter de la même façon une conserve de légumes et du gel douche, bien entendu ;
  • elle comprendra obligatoirement l‘indice carbone, mais aussi une approche multi-critères : la proportion des déchets recyclables ou non par exemple ;
  • la méthodologie doit être simple et abordable pour que les très petites entreprises (TPE) puissent la mettre en pratique.

Autrement dit, une étiquette, de même format pour tous les produits, comprenant des informations à la fois fiables et simples pour être compréhensibles pour tous les consommateurs et qui doit leur permettre de repérer les produits eco-responsables.

Le commissariat Général au Développement Durable précise dans Le point sur n° 39 de janvier 2010 (téléchargeable à partir du site de l’ADEME et l’AFNOR consacré à l’affichage environnemental) :

A titre d’illustration, la contribution des achats des ménages au changement climatique est, selon les différentes estimations, comprise entre 40 et 70 % de la contribution totale à l’effet de serre (le reste résultant des constructions, de la consommation d’énergie des logements et des transports de personnes). L’intervalle de 40 à 70 % résulte essentiellement des périmètres retenus par les différentes études : consommation courante de biens par les ménages ou consommation incluant les services (hôtels, restaurants, poste, banques…) ou encore analyses intégrant ou non les émissions de CO2 générés hors de France pour les produits importés et consommés en France. Ces estimations intègrent les émissions liées aux produits sur l’ensemble de leur cycle de vie, depuis l’extraction des matières qui les composent jusqu’à leur élimination finale après usage : ainsi, par exemple, 1 litre d’eau minérale générera de l’ordre de 120 g d’équivalent CO2 tandis qu’une tablette de chocolat présentera quelque 250 g d’équivalent CO2 et qu’un « Tee-shirt » produira de l’ordre de 4 kg d’équivalent CO2.

Selon différents sondages, 83 % des Français souhaitent  une information sur l’impact environnemental des produits, et 77 % des dirigeants d’entreprises y sont favorables.

Deux expériences en cours en France

Le groupe Casino et 3 centres Leclerc du nord de la France ont lancé depuis plus d’un an une expérience d’affichage environnemental, concernant exclusivement leur propre marque distributeur, chacun s’appuyant sur une méthodologie différente et avertissant le client par des moyens différents : étiquette sur le produit pour le premier, affichage sur les gondoles et récapitulation sur le ticket de caisse pour le second.

Le groupe Casino a lancé l’étiquetage de l’indice carbone, c’est à dire la quantité de CO2 émise par 100 g de produit pendant son cycle de vie, depuis juin 2008. Ceci résulte d’une réflexion entamée en 2006 et menée en collaboration avec le cabinet de conseil Bio Intelligence Service.

Cet étiquetage concerne actuellement environ 400 produits de la marque Casino (un peu plus de 10 % de la gamme), 600 d’ici la fin de l’année 2010, et à terme,  au total, 3000 références alimentaires (réparties dans 39 familles différentes : pâtes, yaourts, café…) mais aussi des produits d’hygiène, de droguerie et de parfumerie.

Le calcul de l’indice carbone prend tout en compte : la production, la fabrication, le transport, l’emballage (des matières premières jusqu’au recyclage), la distribution et même la cuisson chez le consommateur. Il est présenté sur une étiquette comportant une réglette allant du vert très clair au vert foncé, selon le niveau de l’indice. Pas de rouge, car selon Alain Brizeau, PDG du groupe Casino, ce serait trop culpabilisant pour le consommateur. L’étiquette Casino annonce aussi le pourcentage de déchets recyclables et le nombre de kilomètres parcourus pour arriver dans les linéaires.

Bien entendu, pour une boîte de conserve identique, les émissions de CO2 vont varier selon la provenance, par exemple : 225 g pour une boîte produite en France et transportée par camion, 235 g pour une boîte en provenance d’Inde et voyageant par bateau et camion, 305 g pour une boîte d’origine ukrainienne et apportée par camions (chiffres donnés par Novethic).

Les 3 centres Leclerc concernés par l’affichage environnemental ont, quant à eux, travaillé avec le cabinet Greenext à partir d’une approche statistique qui fait appel à des bases de données. Celles-ci recensent l’impact CO2 des ingrédients et emballages. Les émissions liées à la cuisson sont intégrées dans le calcul.  La base de calcul prend donc en compte la quantité de gaz carbonique induite par la production, la distribution et la consommation des produits. Cette méthode a permis de référencer un nombre plus important d’articles, toujours de marque générique, environ 20 000 actuellement.

Le produit en lui-même ne porte pas d’étiquette supplémentaire : l’affichage se fait sur les gondoles et s’exprime en kg de CO2 par kg ou litre de produit. Le total est ensuite repris sur le ticket de caisse. Les clients peuvent ensuite comparer, sur un graphique, leur bilan CO2 par rapport aux quantités hebdomadaires moyennes d’un foyer de même taille (de 1 à 6 personnes). Dans le vert sur le graphique ? Bien, leur bilan est inférieur à la moyenne. Dans le rose (pas de rouge, ici non plus) ? Attention, le bilan est supérieur à la moyenne.

Et en Europe ?

Selon le site Greenunivers, l’organisation britannique Forum for the Future a publié en 2008 déjà un rapport qui s’appuyait sur un sondage réalisé auprès de 1000 consommateurs en Grande-Bretagne. Les études britanniques donnent les chiffres suivants : 85 % des consommateurs britanniques réclament des informations sur l’impact environnemental des produits qu’ils consomment, et vont même plus loin puisque les deux-tiers d’entre eux pensent que les distributeurs devraient retirer des rayons les produits les plus dommageables pour l’environnement.

Les produits achetés comptent pour 45 % des émissions de carbone en moyenne, soit 5 tonnes par an et par personne (selon l’ADEME, chaque Français émet aujourd’hui dans son quotidien 10 000 kg équivalent CO2 par an, dont 3 000 pour son alimentation).

Forum for the Future préconise d’ailleurs des éléments différents de ceux retenus par le MEEDDEM. Notamment que seuls les produits qui génèrent de fortes émissions de CO2 pendant leur utilisation soient étiquetés, et de ne pas multiplier les labels car le consommateur risque de ne pas s’y retrouver.

Les grandes surfaces Tesco en Grande-Bretagne ont donc lancé elles aussi une expérience, de même que la chaîne de fast-food Max en Suède. En Suisse, c’est le distributeur Migros qui affiche sur ses produits la mention « approuvé au CO2 ».

Le point sur l’avancée actuelle des travaux

L’ADEME et l’AFNOR doivent donc élaborer la méthodologie nécessaire pour chaque catégorie de produit, en s’appuyant sur des groupes de travail de producteurs, industriels, distributeurs et cabinets spécialisés. Greenext participe d’ailleurs à cette plateforme.

Trois principes dominent, pour mémoire : l’affichage portant sur le couple produit et emballage sur l’ensemble de leur cycle de vie, le même format d’affichage  et des méthodes de calcul identiques pour tous les produits.

La plateforme travaille donc sur la mise en place d’une base de données de référence, tenant compte à la fois des données primaires, spécifiques à chaque produit, et des données secondaires, issues de bases de données existant déjà. Aujourd’hui, il en existe de multiples, donnant souvent des facteurs d’impact environnemental différents pour un même produit. Il s’agit donc de les harmoniser dans une seule et même base de calcul, utilisée par tous les acteurs de cet affichage et de réaliser les étiquettes, identiques pour tous les produits, et permettant de rendre lisible pour le consommateur l’ensemble des informations.

Le tout doit être réalisé, nous le rappelons, pour janvier 2011. Or, si certains groupes ont déjà bien avancé dans leurs travaux, d’autres ont à peine commencé à se réunir. Le délais des 10 mois restant semble ne pas pouvoir suffire. De nombreux problèmes subsistent encore.

Tout ne sera pas réglé par l’affichage environnemental bien sûr. On sait que les transports sont une source de pollution importante, mais aussi les déchets : les emballages jetés ne sont pas tous recyclables, et parmi ceux qui le sont, le recyclage ne concerne réellement que 56 % (taux moyen pour la France), le tri sélectif n’étant pas généralisé et les consommateurs pas toujours responsabilisés. Les chiffres suivants parlent d’eux-mêmes :

  • le Bilan CO2 moyen d’un repas est de 3 kg eq. CO2
  • un trajet Lille – Paris en TGV émet 2 kg eq. CO2
  • un trajet Lille – Paris en voiture émet 44 kg eq. CO2 (voiture moyenne de 6 à 10 chevaux avec 1 personne à bord)
  • quatre mois de chauffage au gaz pour un 3 pièces participent à l’émission de 1000 kg eq. CO2
  • (Sources ADEME et Eco-comparateur)

Des voix s’élèvent actuellement pour demander à ce qu’un taux de bilan carbone élevé soit intégré au prix du produit : en effet, la consommation de matières premières est plus importante, donc le prix de revient devrait être plus cher. L’UFC-Que Choisir estime, par la voix du vice-président de Quimper (cité par le Télégramme), que le prix restera déterminant dans l’acte d’achat, mais espère que le consommateur deviendra de plus en plus citoyen. Il rejoint en cela le directeur des Centres Leclerc  du Nord (cité par Rue 89) qui avoue que 80 % des clients ne se posent pas la question de l’empreinte environnementale des produits, mais regardent juste le prix.

Le consommateur suivra-t’il ? Les produits d’importation seront-ils concernés ? Comment traiter les produits bio, qui actuellement ne sont pas différenciés dans les calculs ? Industriels et distributeurs seront-ils prêts ? L’UFC-Que Choisir reste perplexe. Et la grande question demeure : en effet, plus de 80 % de la population affirme approuver l’initiative de l’affichage environnemental mais 80 % ne regarde que le prix, comment concilier ces chiffres ? La sensibilisation des consommateurs à ce problème reste le maître-mot de sa réussite.

Sources : Le point sur l’affichage des caractéristiques environnementales des produits (CGDD, n°39), articles de Rue 89, le Télégramme, Terravada, Greenunivers, J’économise ma planète, Vedura

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