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Le gouvernement généralise Linky. Les polémiques demeurent.

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Generalisation des compteurs Linky (image France 3)

Malgré les interrogations restant actuellement sans réponse dont nous nous sommes fait l’écho dans un article récent, le gouvernement a décidé de généraliser le déploiement des compteurs communicants Linky, en expérimentation depuis plus d’un an en Touraine et dans la région lyonnaise. 35 millions de compteurs devront donc être installés à partir de 2013, dont 7 millions avant 2018. ERDF affirme prendre à sa charge la totalité des coûts et espère un retour sur investissements au bout de 20 ans.

A peine annoncé, ce déploiement a ravivé de nombreuses polémiques. En dehors de son mode de financement, qui avait provoqué un tollé général lorsque le gouvernement avait annoncé dans un premier temps qu’il couterait 120 € par consommateur avant de faire marche arrière, on s’interroge de plus en plus sur les services qu’il rendra à l’utilisateur : l’afficheur énergétique prôné entre autres par l’ADEME (voir à ce propos notre article) ayant été abandonné.

4,3 milliards d’euros, c’est le coût de déploiement des compteurs Linky, estimé par ERDF, qui le prend apparemment en charge, et le ministre de l’énergie, Eric Besson, s’en félicite :

Il ne coûtera rien aux consommateurs, qui bénéficieront de nouveaux services gratuits, leur permettant d’optimiser leur consommation d’énergie.

Mais les collectivités locales craignent qu’ERDF n’en profite pour garder sa mainmise sur la distribution de l’électricité grâce à de  nouvelles concessions, ce qui serait contraire aux projets de directive européenne qui prévoit au contraire la libéralisation de ce secteur.

Les associations de consommateurs sont quant à elles plus mobilisées que jamais. Concernant le coût, la CLCV (Consommation, logement, cadre de vie) prend acte de l’engagement du ministère du financement des compteurs communicants par les gains de productivité qui en découleront pour ERDF, mais assure rester vigilante sur l’évolution du Turpe (tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité). L’UFC Que Choisir estime aussi que les consommateurs paieront tout de même via le Turpe « le prix exorbitant de l’appareil » (120 € à 240 € par compteur à comparer aux exemples étrangers comme 80 € en Italie.

Quant aux avantages pour le consommateur, ils ont pratiquement disparus avec l’annonce que celui-ci aurait accès aux données de consommation sur 2 ans, par internet exclusivement (ce qui exclut environ un tiers de la population), même si des courriers pourront être demandés (il s’agira alors d’une consommation en décalé et non pas en temps réel) ou des SMS envoyés chaque mois en cas de dépassement d’un seuil fixé (même remarque que précédemment : l’information parviendra à l’utilisateur après le dépassement). Les consommateurs actuellement équipés de Linky ne disposent actuellement que de l’affichage de la consommation cumulée : service que rend tout aussi bien n’importe quel compteur. Bruno Lechevin, délégué général du médiateur de l’énergie, remarque à propos de l’affichage déporté en kilowattheures et en consommation cumulée :

Les distributeurs font barrage car ils souhaitent faire payer cette prestation dans un deuxième temps. Nous, on considère que cela relève de l’intérêt général et que tous les ménages, quel que soit leur niveau de ressources, doivent y avoir accès.

La CLCV estime par ailleurs que les engagements pris par les fournisseurs de « proposer des services concrets aux utilisateurs » sont insuffisants et continue donc à réclamer l’affichage déporté, seule assurance que chaque consommateur puisse avoir accès facilement, dans son espace de vie, à sa consommation. Elle demande donc que :

Ces compteurs offrent la possibilité aux consommateurs d’être suffisamment informés en temps réel sur leur consommation, dans leur habitation, et sans coût supplémentaire dans l’avenir.

L’UFC Que Choisir estime la décision du ministère « précipitée face aux errements de l’expérimentation », compte tenu de « nombreuses défaillances techniques » observées et constate que Linky n’a pas permis aux consommateurs qui en ont été équipés de réduire leur facture. Elle estime en effet que la maîtrise de la consommation énergétique est « la grande oubliée » de cette décision de généralisation :

Contrairement à l’engagement pris dans la loi Grenelle 1, les compteurs communicants ne permettent pas aujourd’hui aux consommateurs de “mieux connaître leur consommation d’énergie en temps réel et ainsi de la maîtriser”. Pour maîtriser sa consommation d’électricité, il est indispensable de disposer, dans l’espace de vie, d’informations en temps réel sur sa consommation ainsi qu’un bilan de sa consommation, c’est ce que l’on appelle l’affichage déporté. Après l’ADEME, le médiateur de l’énergie, la FNCCR et l’UFC-Que Choisir, la présidente du groupe de travail gouvernemental “Ménages” sur l’efficacité énergétique l’a réclamé mais le Gouvernement reste sourd à cet avantage pourtant décisif pour le consommateur. Bien décidés à faire de ce nouveau compteur leur poule aux œufs d’or, les fournisseurs d’électricité entendent proposer cet affichage en temps réel comme un service payant… Quelle belle idée du développement durable et de la possibilité pour tous, notamment les plus modestes, de maîtriser leur consommation électrique !

Cela fera par contre certainement l’affaire des domoticiens : les consommateurs qui souhaiteront avoir accès aux informations dans leur logement n’auront donc qu’à s’équiper eux-mêmes d’afficheurs reliés aux compteurs communicants afin de contrôler leurs dépenses énergétiques et d’atteindre enfin les 10 % d’économies réalisables.

Sources : Actu-environnement, Degroupnews, Libération, Energie 2007, Bâti Journal, Pages-Energie

Cet article a été écrit par : 

Claudine d'EcoCO2

Claudine est notre écrivaine historique. Elle écrit pour Eco CO2 depuis 2010 et vous apporte toute l'actualité de la transition écologique.
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