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Les compteurs Linky ne font pas l’unanimité

Compteur Linky

Nous annoncions dans un article précédent le déploiement par ErDF des nouveaux compteurs électriques dans des régions-pilotes. Mais ceux-ci, malgré leurs avantages certains, suscitent déjà des polémiques à plusieurs titres : coût, dysfonctionnement, utilisation et économies réelles d’énergie.

Imposée par une directive de la Commission Européenne, l’expérimentation de compteurs « intelligents » doit intervenir dans chaque état, qui doit ensuite décider ou non de sa généralisation. Ils doivent en principe faciliter la mise en place de tarifs différenciés, améliorer la concurrence et favoriser des économies d’énergie.

Le coût réel des compteurs

ErDF avait évalué le coût de remplacement des compteurs  à environ 4 milliards d’euros. En fait, la Fédération Nationale des Collectivités Concédantes et Régies (FNCCR) évalue plutôt de coût à 8 à 9 milliards d’euros. Jean-Luc Dupont, membre du bureau de la FNCCR, précise :

[Ce coût intègre] la fourniture et la pose des compteurs en eux-mêmes, la fourniture des concentrateurs qui sont chargés de collecter les données de chacun des compteurs pour les réémettre vers le système de gestion et d’exploitation d’ErDF et la création des systèmes informatiques de gestion et d’exploitation des données.

Or ces nouveaux compteurs devant être financés par le biais du Tarif d’Utilisation des Réseaux Publics d’Electricité (Turpe), ce seront donc les usagers qui en supporteront la charge. La FNCCR estime à 230 € environ le coût par usager (soit environ 24 € sur 10 ans au lieu des 12 € précédemment annoncés).

En effet, sur les 70 000 compteurs qui devaient être posés fin juin, les techniciens n’en ont mis en place à la mi-juin que 30 000, car le temps de pose est beaucoup plus long que prévu : 35 minutes au lieu des 20 minutes estimées précédemment. Or la  mise en place représente la moitié du coût.

Des économies d’énergie ?

ErDF estime que le coût de la généralisation de ce système reste très inférieur au gain généré par  les économies d’énergie, estimant celles-ci à quelques 50 € par an pour une facture de 400 €.  Jean-Louis Borloo, interrogé à ce sujet, a jugé qu’il n’y avait « rien de déraisonnable » à ce que les usagers supportent le coût de l’installation car ils profiteront ensuite des économies d’énergie. L’Ademe s’attend de même à une économie de 15 à 20 % d’énergie.

Mais certains leur rappellent justement que les économies d’énergie ne se font pas au niveau du compteur qui ne permet pas d’agir sur la consommation et se contente de l’enregistrer, mais bien au niveau du comportement des usagers. Pierre Bivas, PDG de Voltalis, entreprise spécialisée dans les systèmes de gestion à distance de l’électricité, estime qu’il faudrait plutôt « un système ciblé et actif au lieu de quelque chose de passif et généralisé ». Effectivement, le compteur seul n’entraînera pas le changement de comportement des ménages, qui doivent être incités à cette démarche volontaire.

Les avantages des compteurs Linky

En fait, le compteur Linky comporte bien des avantages. Pour le client d’abord, celui-ci peut en effet, s’il le souhaite, suivre sa consommation en temps réel (à la demi-heure) et voit ses factures établies sur sa consommation réelle et non pas sur une estimation puisque la communication des chiffres de celle-ci est automatique.

Les fournisseurs aussi y voient leur avantage : ce compteur limite les risques de fraude et suppriment pratiquement les réclamations liées aux factures sur consommation estimée.

Pour le gestionnaire de réseaux, il permet le traitement à distance d’opérations telles que le changement de puissance souscrite, la résiliation, la mise en service –  les syndicats craignent d’ailleurs que la généralisation de ces nouveaux compteurs ne supprime des emplois. Le compteur apporte aussi une meilleure connaissance des flux d’énergie par ErDF, entraînant une meilleure gestion du réseau et une diminution des pertes.

Quelques dysfonctionnements ?

Par contre, certains médias ont fait état de dysfonctionnement du compteur Linky, mais François blanc, responsable du projet à ErDF, a assuré :

Nous n’avons pas de retour sur un dysfonctionnement avéré. […] Parfois, le client bénéficiait d’un réglage de son disjoncteur supérieur à la puissance prévue dans son contrat. L’installation du nouveau compteur peut donc faire disjoncter l’installation.

La solution dans ce cas consiste à opter pour un contrat supérieur, mais cela entraîne bien entendu un surcoût. D’autre part, le logiciel qui doit traiter les informations n’est apparemment pas encore au point.

Et les libertés individuelles ?

Enfin, le Bureau Européen des Unions de Consommateurs se pose quant à lui des questions sur la protection de la vie privée et s’inquiète de dérives possibles. Levi Nietvelt, conseiller chargé de l’énergie au BEUC, constate :

Le gestionnaire peut savoir, en théorie, minute par minute dans quelle pièce vous vous trouvez et ce que vous y faites ! Nous voulons donc que les fichiers soient détruits au bout de deux ans et que les clients qui ne souhaitent pas activer le compteur en aient le droit, comme cela a été décidé aux Pays-Bas, après une grande polémique.

Dès le début 2011, un retour d’expérimentation doit être fait et permettre à la Commission de Régulation de l’Energie et aux pouvoirs publics de prendre une éventuelle décision de généralisation et, le cas échéant, de préciser ses modalités financières.

Sources : AFP, Le Monde, Batiactu