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« Mon climat » un beau texte de Jacques Gamblin

Jacques GamblinUne journée de rencontres littéraires à Nantes en novembre de l’an dernier, Autrement le monde, sur la poésie et l’écologie, a vu l’acteur – et auteur – Jacques Gamblin livrer sa vision de notre société, à travers un texte Mon climat qu’il lit pour notre plus grand plaisir. Plus encore, c’est un encouragement à agir, à se mobiliser pour passer à l’action et rendre ce monde plus propre.

Juste à titre de mise en bouche et pour vous inciter à aller déguster le discours de l’acteur en entier (vidéo en fin d’article), en voici quelques morceaux choisis.

A propos de notre « ressenti devenu rebelle » sur le climat :

La réalité a donc perdu ses billes : plus de noir, plus de blanc, rien que du subjectif. La science dans ce domaine a d’ailleurs fait un grand pas dans son désir d’être toujours plus  précise au point de ne l’être plus du tout. Le ressenti individuel ayant supplanté la réalité générale, je me permets donc de donner le mien en toute humilité.

A propos des politiques et de l’écologie, dont ils ne parlent que « les années bissextiles, c’est à dire tous les 4 ans, à l’approche des élections présidentielles » :

Je ressens un profond malaise d’imaginer que nos enfants – et les leurs, accessoirement – paient et vont payer très cher cet irréalisme ou, pour parler plus trivialement ce « manque de couilles. » En effet, je pense que notre profond désir à tous pourraient être de lisser l’endroit plus propre que nous l’avons trouvé en entrant. Rien n’est réellement à moi […], je vis sur un morceau de terre ou sous un morceau de ciel qu’on me prête : je ne suis pas le premier à le dire, quelqu’un me prête ce que je possède, quelqu’un d’avant, avant avant, c’est à dire… personne.

Je ne crois ni en Dieu, ni en Yahvé, ni en Allah, je n’ai de carte dans aucun parti. Je suis libre de penser et ne crois qu’une seule chose, c’est que le brin d’herbe qui pousse, aussi bien que l’enfant, le caillou, la coccinelle, l’abeille pour ne parler que d’elle ou même le moustique – que j’écrase pourtant avec un certain plaisir, parce que, quand même, il y a des limites – la salade dont je me nourris, le bigorneau… la liste est longue et je vous l’épargne, bref, que tout ceci m’est offert et que je dois être prêt à le rendre à personne… qu’à lui-même. Je ne suis pas un donneur de leçon, juste un militant de peu qui ne se retrouve pas dans la logique consumériste qui semble se foutre de demain.

Suit une tranche de vie pleine d’humour sur ses parents, commerçants en électroménager, et les nouveautés, toutes testées à la maison avant d’être vendues :

Non, je ne suis pas un arriériste ou un refuseur de modernité. J’aime la modernité et ses inventions, si elle améliore et simplifie l’ancienneté, si elle n’est pas bouffeuse de kilowatts et si sa vraie raison est de soulager la vie des gens et non de créer des besoins inutiles.

On reproche aux soucieux de la terre et de son devenir d’être pessimistes, culpabilisateurs, de vouloir revenir à la bougie, mais ce ne sont que des mots… des mots et de la mauvaise foi […].

La peur ne permet pas d’avancer :

Cette peur ancestrale de ce qui est nouveau ou différent, qui dit non avant de dire oui, nous fragilise et nous abîme. Lorsque cette peur se fissure et se calme, ne sommes-nous pas les premiers à être heureux et fiers d’avoir essayé. La peur n’est pas le bon moteur. Quand une décision est prise, alors on se retrousse les manches, on solidarise, on transpire ensemble, on se sent intelligent ensemble, on bouge, on essaie, on tente et la tristesse se dilue. C’est cette joie-là moi, que j’ai envie de soulever.

Vient ensuite un hommage vibrant au monde associatif :

Le monde associatif est joyeux parce qu’il agit et ne tourne pas sur lui-même en agitant des phrases, son carburant n’est pas l’illusion […]. Ne pas agir rapidement, efficacement, solidairement, politiquement, économiquement, industriellement est inconscient et absurde.

Et de s’interroger sur la vie que nous voulons :

La liste est longue d’une logique qui part en vrille, parce qu’avec le temps, le simple bon sens s’est fait la malle. Que voulons-nous comme vie ? […] Nous sentir responsables de nous-mêmes et de ceux qui vont suivre est une chance, c’est ce qui nous rend vivants.

L’irresponsabilité rend bête, s’abstenir rend bête, la faute aux autres rend bête, la faute à pas de chance rend inactif, la résignation rend amorphe, la victimisation rend triste. Alors faisons le boulot nous-mêmes, individuellement, 1 plus 1 plus 1 plus 1, car il n’est plus l’heure d’accuser, la liste est en effet trop longue et l’efficacité, nulle. Il est juste l’heure de mettre les mains dedans, de faire des toutes petites choses multipliées par des milliards de toutes petites qui montrent le chemin de nos désirs aux politiques peureux […]. Alors faisons le boulot nous-mêmes, individuellement […]. Il est juste l’heure de mettre les mains dedans, de faire des toutes petites choses multipliées par des milliards de toutes petites qui montrent le chemin de nos désirs à nos politiques peureux…

Et sur la situation à venir :

La mer monte, monte, monte, c’est l’heure de son déjeuner gourmand : les îles feront son hors-d’œuvre, les dunes et les falaises son plat de résistance. Quant au dessert, il dépendra de notre courage à rendre son appétit moins vorace. Plus nous sommes gourmands en énergie, plus elle le sera en appétit. Les preuves sont établies, alors pourquoi tergiverser ?

Après un appel à tous pour finir de discuter et agir « maintenant, maintenant » :

Quant à moi, je vais continuer ma petite œuvre de petite vie de militant, en essayant de raboter mes petites et grandes incohérences : je vais continuer à manger des légumes de saison, à éteindre la lumière lorsqu’elle n’éclaire plus que mon absence, à couper l’eau quand elle coule pour n’arroser rien, à expliquer à certains voisins de mon immeuble de ne pas tout mélanger les couleurs, vert, jaune ou blanc, parce que ça les arrange, à prendre du temps pour ça dans l’espace extrêmement convivial du local à poubelles. Voyez, que des petites conneries de tous les jours que mon père qui ne votait pas écologique mais qui vivait logique m’a transmises.

Bien d’autres choses encore à découvrir et à savourer dans ce discours poétique et passionnant à écouter…

Source : Jacques Gamblin, Mon climat

 

 

Cet article a été écrit par : 

Claudine d'EcoCO2

Claudine est notre écrivaine historique. Elle écrit pour Eco CO2 depuis 2010 et vous apporte toute l'actualité de la transition écologique.

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