Climat

Neutralité carbone et entreprise : 3 leviers pour l’atteindre

En 2015, lors de l’Accord de Paris, les Etats se sont engagés à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Que cela signifie-t-il ? Comment atteindre la neutralité carbone ? Quel lien avec la décarbonation ?

Au programme :

🕑 Temps de lecture : 5 minutes

L’essentiel sur la neutralité carbone

Que veut dire neutralité carbone ?

Pour commencer, une définition simple :  

La neutralité carbone est un objectif d’équilibre entre les émissions de gaz à effet de serre (GES) que nous rejetons et celles que nous absorbons.  

Autrement dit, la neutralité carbone ne signifie pas “0 émission”. 

Que penser des entreprises qui se disent "neutres en carbone" ?

Initialement, la neutralité carbone planétaire est un concept scientifique développé par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). C’est un concept qui s’inscrit à l’échelle planétaire. Ce concept a ensuite été utilisé dans la définition de politiques climatiques. 

Par ailleurs, la neutralité carbone est revendiquée notamment par certaines entreprises. Mais une activité peut-elle réellement être « neutre en carbone » ?  

A cette question l’ADEME répond très clairement : “non”. 

"Les acteurs économiques qui s’engagent ne peuvent se revendiquer “neutres en carbone” ; l’atteinte d’une neutralité carbone arithmétique n’ayant pas de sens à leur échelle."

L’ADEME poursuit : « En revanche, ils peuvent valoriser leur “engagement vers la neutralité carbone en 2050” qui contribue à cet objectif mondial.”

Revenons à la notion d’équilibre.  

Comment arriver à l’équilibre entre les émissions rejetées et absorbées ?  

Pour ça, il existe des puits naturels de carbone en mesure d’absorber une partie de nos émissions : les océans, les forêts et les sols. Malheureusement, ils ne suffisent pas, a fortiori avec la déforestation et l’artificialisation des sols 

👉 Nous devons donc collectivement réduire nos émissions (c’est-à-dire décarboner entre autres les entreprises), mais aussi restaurer et préserver nos puits de carbone.  

Contexte : l’Accord de Paris

Au niveau mondial, notre consommation d’énergies fossiles (gaz, charbon, pétrole…) est gigantesque. Depuis 1979, les énergies fossiles sont sur le podium des énergies consommées dans le monde. En 2019, elles représentent 81% de notre mix énergétique primaire mondiale !  

⚠️ Résultat : la concentration de GES dans l’atmosphère augmente, ce qui contribue au réchauffement de la température sur terre. In fine, cela accentue les catastrophes et aléas climatiques (sécheresse, cyclones, inondations, glissements de terrains, etc.). 

Dans ce contexte, les Etats se sont réuni en 2015 dans le cadre de l’Accord de Paris pour définir des objectifs de neutralité carbone d’ici 2050 et limiter le réchauffement climatique. L’article 4 de l’Accord de Paris précise : 

“Les Parties cherchent (…) à parvenir à un équilibre entre les émissions et les absorptions par les puits de gaz à effet de serre au cours de la deuxième moitié du siècle. »

Suite à ce traité international, les Etats doivent s’organiser pour déployer des stratégies de réduction des émissions carbone. En France, c’est la stratégie nationale bas-carbone (de son petit nom : SNBC). Tous les acteurs de la société doivent être mobilisés, y compris les entreprises.

Comment alors les inciter à réduire leur empreinte carbone ? 

Neutralité carbone et investissements

Nous sommes entrés dans un cycle législatif qui contraint de plus en plus d’entreprises à réduire leur impact sur l’environnement.  

Deux mots clés à retenir à ce stade :  

    • CSRD  
    • Taxonomie  

La CSRD est une directive européenne (aujourd’hui transposée en droit Français) qui oblige les entreprises à publier des informations RSE, notamment sur leurs efforts de réduction des émissions GES (parfois appelées émissions de CO2 par simplification). 

Sont d’abord concernées en 2025 les grandes entreprises. Puis, en 2026, c’est au tour des PME de plus de 250 personnes (avec un CA de plus de 50M d’euros ou un bilan de plus de 25M d’euros).  

Mais ce qui est intéressant dans cette histoire, c’est que même les entreprises non soumises à cette directive seront fortement incitées voire contraintes de réduire leur empreinte carbone.  

Pourquoi ? Il y aura un effet d’entraînement des grandes entreprises soumises à la CSRD sur les plus petites. Les grandes entreprises doivent réduire leurs émissions sur l’ensemble de leur chaîne de valeur, ce qui implique les fournisseurs et prestataires. 

Bref, cette réglementation est là pour faciliter le travail des investisseurs. En effet, en accédant à des informations harmonisées et fiables sur les efforts RSE des entreprises, ils sont plus à même d’orienter leurs investissements vers des activités durables.  

C’est là qu’intervient un autre règlement : la taxonomie. Adopté par l’Union Européenne en 2020, ce texte s’inscrit dans l’objectif de neutralité carbone à 2050. La taxonomie est un système de classification des entreprises pour distinguer celles ayant un impact favorable sur l’environnement. Objectif ? Orienter les investissements vers des activités vertueuses pour la planète.  

Obligation de reporting sur les efforts RSE et climat d’une part, classification des entreprises d’autre part… La règlementation s’est indéniablement renforcée ces dernières années pour obliger les entreprises à transformer leur activité et aller vers un monde bas-carbone.   

Comment atteindre la neutralité carbone ?

Pour une entreprise, il y a principalement 3 façons de contribuer à l’objectif de neutralité carbone :  

    • Réduire les émissions de gaz à effet de serre.  
    • Eviter celles chez les autres.  
    • Séquestrer les émissions de GES.  

Pilier #1 : réduire les émissions de GES

Il s’agit de réduire les émissions sur l’ensemble de sa chaîne de valeur. Dans le jargon “bilan carbone”, on appelle ça des scopes : scope 1, 2 et 3.  

Pour être en mesure de réduire, il faut d’abord mesurer. La première étape consiste donc à réaliser un bilan d’émission GES pour identifier les principaux postes d’émissions de son entreprise. Pour info, les consultants chez Eco CO2 maîtrisent les différentes méthodes de calcul (celle du bilan GES réglementaire autant que la méthode Bilan Carbone©).  

Les émissions d’une entreprise peuvent être liées au déplacement des collaborateurs (voiture, avion…), aux sources d’énergie utilisées pour fabriquer les produits, ou encore à la consommation d’énergie dans les locaux. 

👉 Pour une entreprise, la réduction de ses propres émissions doit être l’action numéro 1 

Pilier #2 : éviter les émissions chez les autres

Une autre façon de contribuer à la neutralité carbone consiste à aider les autres à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.  

Pour cela, les entreprises peuvent commercialiser des produits et services bas carbone (ce qui permet de décarboner l’empreinte de leurs clients). De plus, il est possible d’investir dans des projets vertueux, via les labels bas carbone ou l’achat de crédits carbone.

Pilier #3 : séquestrer les émissions

Développer les puits de carbone naturels est une autre façon d’atteindre nos objectifs. Ainsi, il s’agit de restaurer ou développer des puits de carbone dans sa chaîne de valeur ou bien en dehors via le financement de projets de séquestration.

Tout professionnel est avant tout un citoyen.

Au-delà des actions des entreprises, nous devons aussi agir à l’échelle individuelle : consommation, modes de déplacement et choix politiques !

Zoom sur la compensation carbone

La compensation carbone consiste à financer des projets environnementaux qui permettent de stoker, réduire ou éviter les émissions GES.  

Voici quelques exemples :  

    • Projet de stockage / séquestration : financer un projet qui consiste à planter des arbres. 
    • Projet de réduction : un projet de parc solaire photovoltaïque si celui-ci vient remplacer une source d’énergie plus émissive. 
    • Projet d’évitement : un projet permettant de développer les énergies renouvelables pour décarboner les réseaux électriques, ce qui contribue à prévenir les émissions GES.  

Pour financer de tels projets, les entreprises peuvent se référer aux labels bas carbone ou encore acheter des crédits carbone. Ces crédits s’achètent sur des marchés appelés SEQE (systèmes d’échange de quotas d’émissions) ou encore sur des marchés de compensation carbone volontaire, accessibles aux particuliers et à la plupart des entreprises non soumises à la réglementation. 

Pour en savoir plus, la vidéo qui suit est très parlante. En 3 minutes, elle explique le principe des crédits carbone et, surtout, les limites de ce système (bonjour 👋 le greenwashing).

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Tags: Entreprise

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