Entreprises

Sobriété numérique en entreprise : plus que des écogestes !

La sobriété numérique en entreprise en quelques mots

  • Sobriété numérique, de quoi s’agit-il ? Cette démarche vise à améliorer l’efficacité énergétique des produits numériques, ainsi qu’à en modérer les usages.
  • En quoi est-ce vital pour les entreprises ? La croissance du numérique est insoutenable. Les entreprises doivent s’adapter et être plus sobres. La sobriété numérique est une opportunité remarquable pour elles de réduire leurs dépenses, et de gagner en pertinence en privilégiant des solutions à très forte valeur ajoutée.
  • Quelles sont les 3 actions pour déployer la sobriété numérique en entreprise ? En suivant ses consommations, en impliquant ses collaborateurs et en s’engageant systématiquement dans une démarche low-tech.

4%. C’est la part des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) dues au numérique selon l’ADEME, l’agence de la transition écologique. Dans son guide “En route vers la sobriété numérique”, l’ADEME précise que ce chiffre est amené à doubler d’ici seulement 3 ans ! 

Dans un tel contexte, Jean-Noël Barrot, ministre de la Transition Numérique et des Télécommunications, récemment lancé un groupe de travail pour définir un “engagement sobriété” concernant les acteurs du numérique.

Cependant, cet engagement reste pertinent quel que soit le secteur d’activité des entreprises. Il met notamment l’accent sur la nécessité de suivre rigoureusement la consommation d’énergie ainsi que d’impliquer les collaborateurs dans une démarche de transition énergétique. Avant de revenir sur ces deux éléments clés, précisons tout d’abord ce qu’est la sobriété numérique et en quoi elle est indispensable.

Sobriété numérique : une adaptation vitale pour les entreprises 

Le secteur du numérique porte en lui un paradoxe. D’un côté, une croissance sans limites qui contribue à l’augmentation des émissions de GES. De l’autre, de réelles opportunités de participer à la transition.

Dans son rapport « déployer la sobriété numérique », le Shift Project indique que “la croissance de nos systèmes numériques est insoutenable – +9% d’énergie consommée par an”. Cette croissance gonfle à mesure que nous consommons toujours plus de contenus et que des infrastructures sont déployées pour y répondre. Être sobre d’un point de vue numérique consiste à faire évoluer nos achats et nos usages. Autrement dit, passer d’une consommation irrationnelle à un numérique qui choisit, de manière éclairée, ses orientations. 

Définition de la sobriété numérique en entreprise

Le concept de sobriété numérique renferme à minima deux notions clés :

  • L’efficacité énergétique des services numériques
  • La modération des usages quotidiens 

Cet enjeu de sobriété ne concerne donc pas uniquement les acteurs du numérique, mais bien l’ensemble de la société et des secteurs d’activité. Plus important encore, cette démarche nécessite une approche systémique.

Il existe pléthore d’articles résumant la sobriété numérique à une liste d’écogestes. Certains ont certes un impact significatif en matière d’économies d’énergie. Toutefois, un plan d’action sobriété qui se résumerait à une série d’écogestes ressemble à l’arbre qui cache la forêt. Toute entreprise doit d’abord comprendre finement ses principales consommations d’énergie ainsi que ses usages, avant de définir un plan d’action spécifique à son activité et à sa culture (écogestes certes mais aussi accompagnement au changement).

“Le plan d’action sobriété d’une entreprise ne se résume pas à une série d’écogestes. Cela nécessite d’abord une compréhension systémique de sa consommation énergétique et de ses usages. Et ensuite, un plan d’action spécifique à son activité et à sa culture.

Le numérique confronté aux limites planétaires 

Les terminaux que nous utilisons (ordinateurs, smartphones…) nécessitent une quantité très importante de métaux. Cela pose deux problèmes majeurs : 

    • Les processus qui permettent d’extraire et de raffiner ces métaux nécessitent une très grande quantité d’énergie. Cela signifie le rejet dans l’atmosphère d’une quantité astronomique de GES, contribuant au réchauffement climatique. Ces processus nécessitent par ailleurs une grande quantité d’eau, une ressource qui est en tension. 

    • Face à une demande qui ne cesse de croître, se pose la question de l’accessibilité aux métaux. Il va falloir toujours plus d’énergie pour extraire du métal. Autrement dit, une croissance infinie dans un monde aux ressources pourtant limitées…

L’institut Rousseau a approfondi la question du poids croissant du numérique et anticipe des tensions de grande ampleur pour cette industrie. Dans un tel contexte, l’adaptation est vitale et va de pair avec la notion d’équilibre : “le concept de sobriété numérique ne cherche en aucun cas à lutter contre les nouvelles technologies informatiques ; il s’agit plutôt de trouver un point médian entre un monde sans technologie et un autre qui serait entièrement digitalisé, en choisissant des innovations qui soient en adéquation avec les limites physiques de la planète et les perspectives émancipatrices offertes aux individus.”

Pourquoi les entreprises ont (en réalité) tout à y gagner

De prime abord, la sobriété numérique peut apparaître comme une contrainte. C’est pourtant une opportunité incroyable de revoir sa consommation, ses usages et in fine d’en retirer des gains économiques : 

    • En réduisant la consommation et les dépenses énergétiques.

    • En limitant les achats et en privilégiant du matériel plus durable et économique (du reconditionné par exemple).

    • En déployant uniquement des services et produits numériques à forte valeur ajoutée, et qui répondent aux besoins réels de l’entreprise.

Mais par où commencer ? Comment avoir une approche systémique pour déployer intelligemment la sobriété ? Il serait tentant de répondre d’entrée de jeu à la question. Cependant, avoir une compréhension globale de l’empreinte carbone du numérique permet deux choses : 

    • Mieux cerner soi-même l’intérêt de déployer la sobriété numérique.

    • Et ainsi se donner les moyens de fédérer ses propres collaborateurs autour d’un projet de transition. Une vision systémique et des ordres de grandeur permettent bien souvent de bousculer nos croyances et nous encourager au changement. 

Mais si vous êtes déjà bien au fait de l’ampleur du phénomène, RDV directement à la dernière partie de cet article : 3 actions clés pour déployer la sobriété numérique en entreprise.

Comprendre l’impact carbone du numérique

L’analyse du cycle de vie des produits numériques 

Le terminal que l’on utilise au quotidien n’est que la partie visible de l’iceberg. Analyser le cycle de vie d’un produit permet de se rendre compte de l’ensemble de la consommation d’énergie (dont majoritairement des énergies fossiles) nécessaire à sa fabrication, son utilisation et sa fin de vie. 

Il faut également penser aux infrastructures réseaux et aux data centers nécessaires au fonctionnement des terminaux. Chaque élément en jeu (terminal, infrastructure réseau et data center) signifie des émissions de gaz à effet de serre lors des différentes phases du processus : fabrication, utilisation et fin de vie. 

Répartition mondiale des émissions de gaz à effet de serre du numérique. Source : Institut Rousseau

Pour avoir quelques chiffres clés en tête, nous pouvons nous référer aux travaux de Green IT. Ce collectif fédère les experts à l’origine de la démarche de sobriété numérique. Selon Green IT, les émissions de GES sont réparties de la manière suivante : 

    • 54% proviennent de la phase de fabrication

    • 44% de celle d’utilisation 

    • 1% de celle de la fin de vie 

    • 1% des transports 

Dès lors que la fabrication a un impact majeur, il convient de limiter le renouvellement des terminaux, de privilégier le reconditionné ou encore des produits conçus de manière durable. 

Concernant l’utilisation, il convient de garder en mémoire que derrière chaque octet en circulation se cache une consommation électrique en 3 temps. Il y a celle relative à l’utilisation du matériel, celle liée au stockage des données dans les data centers et enfin celle nécessaire au transfert des données.

Utilisation des terminaux : une consommation électrique en 3 temps. Source : Institut Rousseau

La part des émissions mondiales de GES du numérique est de l’ordre de 1,5 gigatonnes équivalent CO2. Cela représente 2 à 3 fois les émissions annuelles… de la France !

Le paradoxe de l’effet rebond

Lorsque l’on s’intéresse au concept de sobriété, la notion d’effet rebond est particulièrement intéressante. Ce phénomène concerne des produits ou technologies plus efficaces d’un point de vue énergétique. L’effet rebond apparaît lorsque les économies d’énergie logiquement attendues avec l’utilisation de tels produits ne sont pourtant pas obtenues… 

Un exemple d’actualité est celui de la 5G. Cette technologie fonctionne par intermittence. Contrairement à la 4G, les antennes 5G peuvent être éteintes ou mises en veille durant des périodes de faible utilisation.

Logiquement, nous devrions nous attendre à une amélioration de la consommation, et donc à une plus faible empreinte énergétique. Néanmoins, le Haut Conseil pour le Climat alertait en 2021 sur le potentiel effet rebond massif de la 5G. Qui sont les coupables ? Une plus forte circulation de données, le renouvellement des terminaux et la mise en vente sur le marché de nouveaux équipements.

L’effet rebond est un phénomène pervers qu’il est nécessaire d’avoir en tête lors des réflexions concernant, par exemple, l’évolution de son système d’information.

3 actions clés pour déployer la sobriété numérique en entreprise

Les 3 grandes actions à mener, quel que soit son secteur d’activité, sont les suivantes : 

    • Suivre et comprendre ses consommations d’énergie.
    • Impliquer et accompagner ses collaborateurs afin de maîtriser les consommations.
    • S’engager systématiquement dans une démarche low-tech.

1) Suivre et comprendre ses consommations d’énergie

Toute entreprise qui souhaite déployer la sobriété numérique doit en premier lieu comprendre finement quels sont ses différents postes de consommation. Une analyse macroscopique de son activité numérique permettra entre autres de cibler là où il est possible de faire des économies importantes d’énergie, et ainsi de ne pas s’éparpiller sur des actions moins impactantes. 

Mais réaliser un bilan énergétique ne s’invente pas ! C’est une mission qui peut être très chronophage et périlleuse si l’entreprise n’a pas les compétences (et la motivation) en interne. Vu l’ampleur et l’importance du chantier, il ne faut pas hésiter à faire appel à des experts. 

2) Impliquer et accompagner ses collaborateurs dans la maîtrise énergétique

L’implication des collaborateurs est une action toute aussi capitale, car la seule diffusion des connaissances ne suffit pas à enclencher le changement.

C’est d’ailleurs ce constat qui a encouragé Jacques Fradin, docteur en médecine et psychothérapeute, a lancé en 2020 une initiative ambitieuse sur l’étude du comportement, appelée GIECO. Calquée sur le modèle robuste du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), le projet réunit des scientifiques internationaux afin de rassembler et diffuser les connaissances qui pourront aider au changement des comportements. C’est dire toute l’importance du sujet !

Ainsi, pour mener à bien un tel projet dans son entreprise, vous pouvez définir toutes les compétences humaines et techniques nécessaires à l’accompagnement au changement.

Les équipes RH et de communication seront sans doute pertinentes. Au-delà de la sensibilisation au concept de sobriété numérique, les collaborateurs auront besoin de savoir précisément quelles actions mettre en place au quotidien pour maîtriser leurs consommations.

Il y a quelques années, nous avions réalisé chez Eco CO2 une étude auprès de 3200 foyers, entre autres sur leur perception concernant différentes solutions de suivi des consommations. Ce qu’il en ressort est intéressant, y compris pour des salariés. L’étude a mis en évidence le besoin d’acculturation des personnes aux concepts énergétiques, et la nécessité d’une montée en compétence progressive. 

Chez Eco CO2, c’est notre cœur de métier ! Nous aidons depuis plus de 10 ans les dirigeants d’entreprise, les équipes RSE et RH à sensibiliser, impliquer et fédérer leurs collaborateurs. Cela nécessite des méthodologies bien particulières ! Ayant une expertise auprès de publics très variés, nous sommes en mesure d’accompagner autant des publics novices que plus avancés. 

3) S’engager systématiquement dans une démarche low-tech

Une des références majeures sur ce sujet est la note produite par la Fabrique Ecologique : “Vers des technologies sobres et résilientes – Pourquoi et comment développer l’innovation “low-tech” ?”. La Fabrique Ecologique en donne la définition suivante : “Les low-tech sont une démarche visant à questionner nos besoins réels et développer des solutions aussi faiblement technologisées que possible.” 

Il y a 2 points clés dans cette définition : 

    • Premièrement, la question des besoins. Quels sont les besoins réels de l’entreprise ? Cette technologie est-elle utile ? Rendra t-elle l’entreprise plus performante, plus agile, plus résiliente ? Peut-on répondre en tout ou partie à ces besoins via des solutions “humaines” ou organisationnelles ?

    • Deuxièmement, la question de l’écoconception. Il peut s’agir de privilégier du matériel modulaire qui est plus facilement réparable. Il est également important de cibler du matériel moins gourmand en métaux et dont les alliages sont simplifiés pour favoriser leur recyclage. 

Comme nous venons de le voir, la sobriété numérique en entreprise ne se résume pas à de petits gestes. C’est une démarche qui offre aux entreprises une remarquable opportunité de réduire leurs dépenses. Mais aussi de fédérer leurs équipes autour d’un projet porteur de sens et de gagner en pertinence et en efficacité dans l’évolution de leur SI et de leurs pratiques.

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